23.10.2009

Quand les parlementaires européens défendent les citoyens avant les élections et s’en moquent après !

Inimitable Union Européenne… Quand on lui dit non, on doit revoter jusqu'à ce que oui s’ensuive (c’est le cas de l’Irlande), ou on passe outre (c’est le cas de la France ).

Quand, au Parlement européen, un amendement est favorable aux citoyens (l’amendement 138 qui interdit la fameuse riposte graduée au niveau européen), on le rediscute jusqu'à le vider de sa substance. C’est exactement ce qui est arrivé hier.

Désormais plus rien n’empêche l’adoption de textes « type HADOPI 1 » en Europe.

L’avenir des libertés numériques devient très sombre en Europe avec cette trahison des eurodéputés. Il se dessine au mieux un Internet à l’australienne, démocratie sous surveillance où les courriers électroniques sont ouverts, lus, et filtrés par une autorité administrative de type HADOPI, et au pire un Internet à la chinoise.

La trahison des députés européens qui viennent de renier ainsi leur propre vote (l’amendement 138 avait été voté, pour la seconde fois il y a seulement 6 mois), prouve que l’adoption de l’amendement en question s’est produite à l’époque de façon parfaitement cynique avant les élections, comme je l’avais déjà souligné d’ailleurs.

Comment l’eurodéputée socialiste, Madame Trautmann, ose-t-elle solliciter le suffrage de ses concitoyens sur une position claire avant les élections, et en adopter une autre après ? Comment peut-elle, en tant que rapporteur du texte et à 6 mois d’intervalle, soutenir l’amendement 138, puis le vider de son sens ? La seule chose que l’on peut dire c’est qu’on connait maintenant la période de péremption de sa parole : 24 semaines.

Quant au PS, quelle est sa position sur HADOPI et la riposte graduée ? Difficile à dire : contre à l’Assemblée Nationale, c’est certain. Mais ils sont pour au Sénat. Au Parlement européen ils sont contre avant les élections, et pour après !

Remarquons, en passant, qu’au niveau européen les députés du PS qui font leur travail sont soit dirigés vers la sortie (c’est le cas de Guy Bono co-auteur de l'amendement 138), soit positionnés dans les listes pour au final être inéligibles afin de laisser la place à des apparatchiks bien inertes - évidemment à l’UMP c’est différent, la sélection se faisant au mérite !

Moralité : il ne faut pas caricaturer l’UE comme le font certains grincheux qui la comparent à la défunte Union soviétique… En URSS les dissidents disparaissaient, en UE ils sont juste écartés, voilà qui est tout de même, chacun en conviendra, plus sympathique !

Par Nicolas Dupont-Aignan

21.10.2009

Le grand bluff du contrôle des bonus

En France, la nouvelle est passée un peu inaperçu du fait des polémiques récentes. Pourtant, elle mérite d’être soulignée tant elle est en décalage avec les grands discours des dirigeants du G20 : les bonus des banques vont battre des records en 2009.

Un double scandale

« Nouveau Bretton Woods », « moralisation du capitalisme », « plus jamais ça » : il semblait qu’après l’effondrement du système financier de l’automne 2008, nous étions rentrés dans un autre monde. Pourtant, cet article du Monde a le mérite de montrer que les choses n’ont pas changé. Aux Etats-Unis, en 2009, le montant des bonus pour les traders devrait battre le record de 2007. Ce ne sont pas moins de 140 milliards de dollars qui devraient être distribués par les banques !

L’information qu’a révélée le Wall Street Journal est doublement choquante. Tout d’abord, on apprend que les bonus 2009 dépassent de 20% ceux de 2008, ce qui les amène au-dessus de ceux de 2007. Mine de rien, cela révèle que les bonus 2008 des banques étasuniennes ont donc mathématiquement baissé d’un peu moins de 20% en 2008 par rapport à 2007. Pourtant, vu le désastre financier de l’année passée, il aurait été plus légitime qu’il n’y ait pas eu de bonus en 2008.

Cela montre la perversion d’un système, qui arrive à préserver des bonus injustifiables, quelques soient les circonstances. Car comment justifier le versement d’un moindre cent de bonus au titre de l’année 2008 alors que les banques ont perdu des milliards et n’ont du leur survie qu’à l’intervention massive de l’Etat ? Et comment justifier que dès 2009, les banquiers gagnent plus que jamais. Bien sûr, la bourse a beaucoup monté mais on se demande si les banques n’ont finalement pas intérêt à un krach…

Un système qu’il faut détruire

La baisse beaucoup trop légère des bonus en 2008 et leur niveau record en 2009 montre que le système actuel n’est pas acceptable. Non seulement le système financier a plongé l’économie réelle dans la pire crise depuis 80 ans, doublant le niveau de chômage outre-Atlantique et faisant perdre à des millions de personnes leur maison, mais surtout, il organise l’irresponsabilité des banques puisque l’Etat vient les sauver en cas de difficulté et que les rémunérations de leurs dirigeants sont à peine écornées.

Le fait que les autorités publiques aient laissé payer (début 2009) des bonus 2008 aussi élevés et qu’elles n’interviennent pas vraiment pour réguler les bonus 2009 est un scandale sans nom. Devant le sauvetage des banques par les Etats, seule une taxation à 90% des bonus 2008 et 2009 serait acceptable. Après tout, les banques ont plongé la collectivité dans une crise violente, dont les conséquences se feront ressentir longtemps, notamment à cause des dettes contractées.

Tirant les leçons de la Grande Dépression des années 30, la collectivité a accepté de sauver le système bancaire pour se sauver elle-même. Mais il est inacceptable que les banquiers puissent tirer de tels profits de leur activité qui n’a engendré que des catastrophes ces dernières années. Les Etats devraient saisir les bonus donnés au titre de 2008 et 2009 car rien ne peut justifier aujourd’hui leur versement. Malheureusement, personne, y compris à gauche, ne le propose.

Les fanfaronnades des dirigeants du G20 n’ont pas impressionné grand monde. Malgré la crise, le système reste toujours aussi fou puisqu’il permet aux banquiers de se verser des bonus faramineux au titre de 2008 et 2009 sans que les Etats ne réagissent.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/10/14/a-wall-...

20.10.2009

Taxer les banques ? Plutôt deux fois qu’une…

Depuis un an je n’ai cessé de réclamer de vraies mesures de régulation du secteur bancaire français, aussi bien pour des raisons d’efficacité économique que de décence.

Mais depuis un an, le gouvernement s’est contenté d’hausser le ton, sans agir en conséquence. Chacun de nous l’a remarqué, il a toujours sous la main une excellente raison, une raison d’impérieux intérêt général, pour justifier, au-delà de mesures un peu cosmétiques, son indulgence à l’égard du secteur bancaire et financier. Un secteur bancaire et financier qui, ne l’oublions pas, est l’un des tout premiers responsables de la surenchère spéculative suicidaire qui a mené à l’effondrement des bourses et à la crise économique.

Dans le désordre, il y eut : l’argument spécieux selon lequel l’Etat ne devait pas entrer de plain-pied dans le capital des banques car il serait incompétent (la compétence des banquiers, elle, n’étant pas en doute…), la nécessité de maintenir l’attractivité de la France dans la compétition internationale (mais pourquoi donc ne pas s’aligner tout de suite sur les standards chinois ? !), l’urgence de préserver des établissements financiers qui alimentent en crédit l’économie réelle et notamment les PME (mais comme par hasard, aucun des engagements pris par les banques sur ce terrain n’a été respecté), l’assurance que de très généreux intérêts seraient versés à l’Etat en contrepartie des 20 milliards d’argent public octroyés (on sait ce qu’il en est advenu), etc.

Dans ce registre, la ministre de l’Economie Christine Lagarde, ancienne des « boards » de multinationales américaines avant son entrée au gouvernement français, excelle tant qu’on finit par se demander de qui et de quoi elle est en réalité ministre. Et on aimerait beaucoup que sa virtuosité rhétorique soit enfin mise au service de cet intérêt général tant invoqué…

La Commission des finances de l’Assemblée nationale vient d’ailleurs de lui en fournir l’occasion, adoptant, avec le concours inattendu de députés UMP, un amendement socialiste prévoyant la sur-taxation des banques. Mais non, là encore notre ministre trouve un argument imparable : la nécessité de ne pas handicaper les banques françaises face à leurs consœurs européennes. Sauf que… plusieurs pays européens, dont la Grande-Bretagne, ont décidé de surtaxer leurs banques, faisant au passage voler en éclats l’argumentation du gouvernement français !

A l’évidence, les banquiers et financiers entendent toujours autant, crise ou pas crise, G20 ou non, se goinfrer de rémunérations faramineuses inversement proportionnelles à leurs performances. D’ores et déjà les bonus et autres qui seront distribués outre-Atlantique casseront tous les records historiques, y compris ceux établis avant la crise. Et on peut sans doute faire confiance au gouvernement français pour justifier qu’il en soit de même dans notre pays, ce qui ne manquera pas tôt ou tard de se produire, vu le rebond de la bourse depuis le début de l’année, malgré les difficultés croissante de l’économie réelle.

Moralement et économiquement, le sauvetage dans ces conditions, cette remise à flots des établissements bancaires pour qu’ils recommencent de plus belle leurs errements avides, est totalement inadmissible. Les Français n’oublieront pas de demander des comptes. Mais, dès à présent, ils ne supporteraient pas que les banques soient exemptées de toute contribution spéciale au redressement des finances publiques, très dégradées à cause d’elles. Les parlementaires semblent l’avoir compris, mais qu’en sera-t-il du gouvernement et de l’Elysée ?

Par Nicolas Dupont-Aignan

17.10.2009

Loin des polémiques parisiennes, la réalité de la crise

Je souhaite aujourd’hui vous livrer une dépêche de l’AFP qui fait froid dans le dos : elle énumère les principaux plans sociaux qui ont frappé l’industrie française depuis un an.

Industrie: les principaux plans sociaux annoncés en France depuis un an -

 13/10/2009 14h49 GMT  INDUSTRIEGOUVERNEMENTSOCIALEMPLOI  Nouvelles de France  AFP
PARIS, 13 octobre 2009 (AFP) Plans sociaux, fermetures d'usines ou liquidations d'entreprises se sont succédé en France depuis un an.
Voici la liste non exhaustive des principales annonces. Cette liste ne prend pas en compte d'éventuels reclassements des employés
concernés.

AUTOMOBILE (constructeurs et équipementiers)
============================================
* RENAULT: plan de 4.400 "départs volontaires" et suppression de 900 emplois dans des filiales
* PSA PEUGEOT CITROËN: "départs volontaires" souhaités pour 3.550 salariés
* VALEO: plan de 1.600 suppressions d'emplois
* FAURECIA: plan de 1.215 suppressions d'emplois entre 2009 et 2011
* NEW FABRIS: entreprise liquidée à Châtellerault (Vienne, 366 salariés)
* MICHELIN: plan de suppression de 1.093 emplois. Fermeture de l'usine de NoyelleslèsSeclin (Nord, 276 salariés)
* GOODYEAR: plan de suppression de 820 emplois sur 1.400 dans l'usine d'AmiensNord. Ce plan a été suspendu par le TGI de Nanterre
fin août
* CONTINENTAL: fermeture de l'usine de Clairoix (Oise, 1.120 salariés)
* SEVELNORD (filiale de PSA Peugeot Citroën et Fiat): 350 "départs volontaires" à Hordain (Nord)
* PEUGEOT MOTOCYCLES: 250 emplois supprimés à Mandeure (Doubs) et Dannemarie (HautRhin) sous forme de départs volontaires
* PLASTIC OMNIUM: fermeture de l'usine de SaintRomain de Colbosc (SeineMaritime, 220 emplois)
* TYCO ELECTRONICS: fermeture des usines de Chapareillan (Isère) et ValdeReuil (Eure), 620 salariés
* FULMEN: fermeture de l'usine d'Auxerre (Yonne, 314 salariés)
* LEAR: fermeture de l'usine de LagnyleSec (Oise, 300 salariés)
* SUDRAD ROUES: liquidation de l'entreprise de Soultzmatt (HautRhin, 147 salariés)
* WAGON AUTOMOTIVE: redressement judiciaire. Certains sites ont été repris par la Financière Snop Dunois (FSD) et le groupe Defta,
qui devraient reprendre environ 1.250 emplois sur 1.700
* TREVES: plan de plus de 600 suppressions de postes. Fermeture des usines de CrépyenValois (Oise) et Aÿ (Marne)
* MOLEX: plan de licenciement des 283 salariés de VillemursurTarn (HauteGaronne). L'usine doit être reprise avec une quinzaine de
salariés par le fonds d'investissement américain HIG
* RENCAST (siège à Bron, Rhône): liquidée, l'entreprise qui employait 850 salariés est reprise par le groupe français GMD avec 565
salariés
* SKF: fermeture du site de FontenayleComte (Vendée, 380 salariés)
* CATERPILLAR (engins de chantier): 600 emplois supprimés (733 initialement prévus)

SIDERURGIE, METALLURGIE, ENERGIE
================================
* RIO TINTO (exAlcan Pechiney): 680 suppressions de postes (dont 450 CDD non renouvelés) annoncées en janvier, puis nouveau plan
de 350 suppressions d'emplois annoncé le 13 octobre
* TOTAL: 555 suppressions d'emplois
* ARCELORMITTAL: plan de 1.400 départs volontaires
* COKES DE CARLING: fermeture de la cokerie de Carling (Moselle, 400 salariés)
* SAINTJEAN INDUSTRIES: liquidation de la fonderie de Vénissieux (Rhône, 108 salariés)
* SIEMENS METALS TECHNOLOGIES (équipement pour la sidérurgie): fermeture de l'usine de SaintChamond (Loire, 274 salariés)
* REXAM (canettes): fermeture de l'usine de Gravelines (Nord, 139 salariés)
* CHAFFOTEAUX ET MAURY: plan social prévoyant 207 suppressions d'emplois

CHIMIE, PHARMACIE, COSMETIQUES
==============================
* BUDELPACK (cosmétiques): liquidation de l'entreprise située à Lièpvre (HautRhin, 118 salariés)
* CELANESE (chimie): fermeture de l'usine de Pardies (PyrénéesAtlantique, 350 salariés)
* SANOFIAVENTIS (pharmacie): plan de suppression de 927 emplois
* GLAXOSMITHKLINE (pharmacie): suppression de 850 emplois, dont 798 à Evreux (Eure)
* PFIZER (pharmacie): plan de départ de 700 salariés
* BRISTOLMYERSSQUIBB (pharmacie): fermeture des usines d'Epernon (EureetLoir, 223 salariés) et de Meymac (Corrèze, 162 salariés)

ELECTRONIQUE
============
* SONY: fermeture de l'usine de Pontonxsurl'Adour (Landes, 311 salariés), qui pourrait être cédée à Solarezo (énergies renouvelables)
* NEC COMPUTERS: plan de 387 suppressions de postes dont 337 à l'usine d'Angers, où seule une équipe technique de 28 personnes
devrait rester
* HEWLETTPACKARD: plan de 540 suppressions de postes
* FM LOGISTIC: fermeture du site de Woippy (Moselle, 489 salariés)
* PHILIPS EGP (écrans plasma): fermeture de l'usine de Dreux (EureetLoir, 212 salariés)
* ASTEEL TECHNOLOGIE: liquidation. Douarnenez (Finistère, 134 salariés)

AUTRES SECTEURS
===============
* MANUFACTURE FRANCAISE DE SIEGES: liquidation. BerteaucourtlesDames (Somme, 352 salariés)
* CAUVAL INDUSTRIES (matelas): plan de suppression de 307 emplois
* PAPETERIE ETIENNE: fermeture de l'usine d'Arles (BouchesduRhône, 110 salariés)
* SCHWEITZERMAUDUIT (papier): fermeture du site de Malaucène (Vaucluse, 211 salariés)
* ISOROY (bois): fermeture des usines de Chamouilley (HauteMarne) et Châtellerault (Indre), 187 salariés
* BEAULIEU INTERNATIONAL GROUP (textile): fermeture des usines de Comines (Nord) et Douvrin (PasdeCalais), 344 salariés
* NEXANS (câbles): plan de 387 suppressions de postes. Fermeture du site de Chauny (Aisne, 220 personnes)
* SCHNEIDER ELECTRIC (matériel électrique): 264 (direction) à 650 postes (syndicats) "menacés"
* ROSSIGNOL (équipement sportif): 275 postes supprimés
* BENETEAU (construction navale): plan de 600 suppressions d'emplois
mdm/ds

Voici la réalité crue. Les quatre causes majeures de la désertification industrielle ne sont pas traitées, par résignation ou complaisance.

Euro surévalué, libre échange intégral, charges trop lourdes sur la production nationale et marché du crédit aux PME asséché par des banques renflouées par l’argent public sans réelles contreparties (en attendant de nouveaux scandales liés à leurs rémunérations internes, comme hier à Wall Street), sont les vrais fléaux que le gouvernement laisse prospérer avec les résultats fatals que l’on connaît.

Comment s’étonner que les Français soient d’autant plus vent debout face à des polémiques qui dénotent une perte totale des valeurs au plus haut sommet de l’Etat, alors même que leurs difficultés restent sans remède ?

16.10.2009

"L’effort économique à fournir devra s’accompagner d’une vraie justice sociale. Nous en sommes loin !"

« Les Français ne supporteront bientôt plus le pouvoir sarkozyste »

Libération, jeudi 15 octobre 2009 - Interview - Propos recueillis par Christophe Forcari

La candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense (Epad) n’a pas été digérée à droite. Mais rares sont ceux qui osent le dire. Au gouvernement, seule Rama Yade admet que le climat est mauvais. Ainsi que l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Député (non-inscrit) de l’Essonne, Nicolas Dupont-Aignan, qui a quitté l’UMP début 2007, peut se permettre de dire tout haut ce que nombre de ses ex-collègues pensent tout bas.

En soutenant les ambitions de son fils, Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas tiré une balle dans le pied de la droite ?

Nicolas DUPONT-AIGNAN : il est carrément en train de scier la branche sur laquelle il a été élu. Il a porté pendant sa campagne un certain nombre de valeurs comme le mérite, le travail, qui sont aujourd’hui battues en brèche dans l’exercice du pouvoir. Son attitude brise le pacte républicain. Beaucoup de gens rejoignent aujourd’hui notre mouvement Debout la République, choqués par la nomination de Jean Sarkozy, et ils viennent pour la plupart de l’UMP. Dans son électorat, la désillusion à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la hauteur des espérances suscitées.

Avec cette affaire et la polémique sur Frédéric Mitterrand, l’UMP ne tourne-t-elle pas le dos à son électorat ?

C’est une certitude. Cette inversion de valeurs n’est pas nouvelle. Depuis l’élection du président de la République, nous assistons à une vraie rupture : la dévalorisation de la fonction présidentielle. Nicolas Sarkozy agit avec la plus grande désinvolture, non seulement à l’égard du Premier ministre, mais aussi des parlementaires et surtout des Français. Dans la Ve République, le Président dispose de grands pouvoirs qui exigent de lui, en contrepartie, une rigueur et une exemplarité irréprochables. Sinon le risque d’une dérive vers un pouvoir personnel est grand. C’est le cas aujourd’hui. Le double langage est permanent. Les actes sont totalement contradictoires avec les intentions affichées. Trois exemples. Le président de la République a fait de la sécurité son fonds de commerce ; mais on réduit les effectifs dans les commissariats. Sur la régulation du capitalisme, il prône le retour du volontarisme public en économie - que je défends -, mais il donne de l’argent aux banques sans les contrôler. Il se fait le héraut du mérite au lycée, mais il organise l’arrivée de son fils à la tête de l’Epad. Cette schizophrénie ne peut pas durer.

Comment jugez-vous le manque de réactions des députés UMP ?

Un système de parti unique a été mis en place, d’où sont écartées les personnalités les plus fortes et celles qui réfléchissent. On ne peut pas attendre de leur part la dénonciation d’un système qui les nourrit. Je suis pourtant impressionné par le nombre de mes collègues qui se rendent compte des dérives et s’inquiètent de l’impasse économique et sociale dans laquelle le pays est entraîné. Quelques-uns tentent de résister à leur façon, mais la plupart n’osent pas franchir le Rubicon comme je l’ai fait en 2007, en dénonçant le candidat du show-biz, de la frime et du fric. Les parlementaires UMP évolueront le jour où ils auront le sentiment qu’une alternative à droite peut gagner. Je suis convaincu que les Français ne veulent pas du retour de la gauche et qu’ils ne supporteront bientôt plus le pouvoir sarkozyste. Il faut s’organiser pour préparer la suite.

Jean-François Copé pourrait incarner cette alternative à droite ?

J’ai l’impression qu’il mise plutôt sur 2017 que sur 2012. La question n’est pas de remplacer une personne par une autre, aussi brillante soit-elle. L’enjeu est de changer radicalement de politique. Malgré les beaux discours, ce gouvernement est en train d’échouer. Il ne remet pas en cause un système mondialiste de libre-échange intégral suicidaire pour nos emplois, un euro surévalué par rapport au dollar et une oligarchie bancaire étouffante pour nos PME. Tant que nous ne nous attaquerons pas aux causes du chômage, nous ne résoudrons rien.

Cette situation peut-elle nourrir un retour du FN ?

Si une droite républicaine et sociale n’émerge pas rapidement, un retour de l’extrémisme est à craindre. Beaucoup se sentent orphelins d’un vrai rassemblement gaulliste.

En intégrant la majorité présidentielle, Philippe de Villiers vous a dégagé le terrain du souverainisme ?

Ce n’est pas seulement la question de la souveraineté de la France qui est en jeu, mais la survie des principes républicains. L’effort économique à fournir dans les années qui viennent devra s’accompagner d’une vraie justice sociale. Nous en sommes loin.

15.10.2009

Tous à la rescousse du Conseiller général de Neuilly-sud !

Soutien à la candidature du fils de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’EPAD : jusqu’où ira Philippe de Villiers ?

On savait Philippe de Villiers prêt à beaucoup de choses pour s’attirer les faveurs de son ami personnel Nicolas Sarkozy.

On se souvient de sa discrétion lors de la ratification parlementaire du traité de Lisbonne, traité négocié et imposé aux Français, tambour battant, par le tout nouveau président de la République.

On se souvient des mille et une précautions de langage prises par l’élu vendéen pour, dans les mois qui suivirent, réagir à l’actualité européenne, chargeant toujours les institutions communautaires et exonérant systématiquement de complicité avec elles le président français.

On a tous en tête le ralliement avec armes et bagages du président du MPF au camp présidentiel, oubliant au passage toutes les piques féroces qu’il lui avait lancées quelques semaines plus tôt lors de la campagne européenne. Oubliée, alors, l’accusation de double-jeu sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne…

Certains d’entre nous ont aussi remarqué l’abstention, dans la foulée, des parlementaires MPF sur la loi Hadopi II, eux qui avaient jusqu’alors combattu avec la dernière énergie cette loi liberticide imposée par les gros intérêts de l’industrie du disque.

Cela faisait déjà beaucoup, mais cela n’était manifestement pas assez : aujourd’hui, Philippe de Villiers s’est empressé d’apporter son soutien inconditionnel et élogieux à la candidature des plus controversées du fils du Président à la tête de l’EPAD. Louant « le talent et l’étoffe » de ce « conseiller général du peuple », le rallié de la Vendée s’indigne de ce qu’un « élu de la Nation » ne puisse assumer certaines fonctions « au prétexte de sa jeunesse » ou de « son origine ».

On s’étonnera bien sûr des étranges arguments avancés pour la défense du Dauphin de la Sarkozie : tout d’abord, chacun sait que le canton de Neuilly-sud n’est pas précisément habité par ce que l’on nomme ordinairement « le peuple ». Ensuite, on réserve plus souvent aux parlementaires qu’aux conseillers généraux le titre « d’élus de la Nation », étant donné que le Parlement est dépositaire de la « souveraineté nationale » selon les textes. Enfin, qui met en cause la « jeunesse » ou « l’origine » de Jean Sarkozy ? C’est sa filiation avec le chef de l’Etat, compte tenu de son inexpérience et de son manque de titres universitaires - d’où le fort soupçon de népotisme - qui révolte légitimement une écrasante majorité de nos concitoyens.

Ce n’était pas assez, donc il fallait que Philippe de Villiers aille jusque-là. Mais pas assez pour quoi, au fait ? Un maroquin ministériel ? L’avenir le dira sans doute. Quant aux électeurs abusés du MPF, ils savent déjà que leur confiance a bel et bien été trahie.

Laurent Pinsolle, porte-parole de DLR

14.10.2009

Toujours plus loin en république bananière

Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD : la République des offices

Durant la nuit d’un 4 août resté mondialement célèbre, qui vit la mise à bas de l’ancien régime, les révolutionnaires français ont aboli avec beaucoup de jubilation un privilège particulièrement détesté : le système des offices, consistant, contre argent sonnant et trébuchant, à acheter à l’Etat des charges publiques dont beaucoup étaient héréditaires, transmissibles de père en fils.

Dans la foulée de l’abolition des privilèges, l’Assemblée nationale nouvellement constituée proclama la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui dispose notamment, en son 6ème article : « Tous les Citoyens étant égaux aux yeux de la loi, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

Cette évocation historique peut paraître banale, tant elle est connue de chacun d’entre nous. Chaque citoyen est en effet censé connaître la Déclaration des droits de l’Homme de 1789, qui est affichée dans les écoles et fait partie du préambule de la Constitution de la République.

La stupéfaction que l’on ressent face à l’accession prochaine de Jean Sarkozy à la présidence de l’Etablissement public de la Défense (EPAD), n’en est que plus immense. Comment le chef de l’Etat peut-il imaginer une seconde que les Français ne verront que du feu à la nomination de son fils de 23 ans, qui n’a même pas achevé sa deuxième année de droit, à un poste stratégique qu’il a lui-même occupé lorsqu’il était président du Conseil général des Hauts-de-Seine ? Comment peut-il imaginer que nos concitoyens seront dupes de ce tour de passe-passe qui, disons-le franchement, sent à plein nez un népotisme digne de l’ancien régime le plus archaïque ? Qui peut d’ailleurs croire que c’est le fils qui gérera les autorisations de construire et non le père ? Or, ce dernier peut-il raisonnablement devenir promoteur immobilier du premier quartier d’affaires européen, sans scier la branche sur laquelle il est assis ? Et que penser, enfin, de la ribambelle de courtisans qui se relaient sans cesse pour, sans rire, justifier cette nomination par le seul « talent » du fils cadet de l’hôte de l’Elysée ? A qui donc fera-t-on croire que l’ascension fulgurante du « fils de » n’a rien à voir avec son nom ? Mais de qui se moque-t-on ?

Il est impossible que Nicolas Sarkozy et ses conseillers n’aient pas vu l’énormité du scandale qu’ils ont eux-mêmes décidé de provoquer. On est donc obligé de constater qu’ils l’assument totalement, comme s’il était naturel que le président de la République, en vertu d’on ne sait quel principe d’hérédité, confie des charges publiques considérables à sa progéniture. Ce n’est plus la République française, c’est la République des offices, ainsi rétablis plus de deux siècles après leur abrogation !

Cette affaire va sans doute soulever une tempête d’indignation dont le président sera bien forcé de tenir compte. Quelle qu’en soit, d’ailleurs, l’issue, on ne peut qu’être inquiet de la légèreté ou du cynisme qui habitent les plus hautes sphères du pouvoir. Comme si la France et les Français n’en avaient pas assez avec la montée du chômage, le retour de l’insécurité, la multiplication des taxes en temps de crise et la cascade de polémiques qui ne cessent de polluer le débat public !

Oui, décidément, il est grand temps que chacun ouvre les yeux et se ressaisisse…

Par Nicolas Dupont-Aignan

09.10.2009

EDITO

Le tourbillon des petites polémiques n’en finit pas de sillonner notre pays qui, pourtant, n’en a vraiment pas besoin. Où s’arrêtera-t-on ? La politique spectacle (shows communicationnels incessants, « prises de guerre » avec la politique d’ouverture, « cagnottes » scolaires,…) a laissé la place à la politique people (grand déballage sur la vie privée d’Eric Besson, écho sur la nouvelle romance de Ségolène Royal,…), avant de sombrer carrément dans le sordide avec l’affaire Polanski et ses hallucinants prolongements.

Que révèle ce climat ? Outre le goût immodéré de notre temps pour l’immédiat, le sensationnalisme, même de bas-étage, ou encore la tentation de la transgression permanente telle qu’elle est montrée en quasi exemple dans les hautes sphères, l’air du temps reflète d’abord le vide du débat public, le renoncement de la classe politique à peser sur le cours des choses, par résignation ou laisser-faire. En effet, sorti des annonces fracassantes, des promesses tonitruantes jamais suivies d’effets (remontée de l’insécurité, retour de plus belle de la spéculation, abandon des ouvriers Gandrange,…), sorti des réformes dangereuses car pharaoniques (Grand Paris) ou taillées sur mesures pour les amis du Fouquet’s (libéralisation des jeux, bouclier fiscal,…), force est de constater que nos gouvernants refusent de s’attaquer à la racine des problèmes qui tourmentent nos concitoyens.

Face à la morne plaine de cette vie politique faite d’apparences et d’incantation, Debout la République se distingue précisément par sa volonté d’oser dire les choses et d’oser proposer les solutions audacieuses qui, seules, peuvent redresser le pays. Refuser de s’enliser dans les petites polémiques qui détournent de l’essentiel pour se consacrer encore et toujours aux vrais défis que doit relever la France, est en quelque sorte notre marque de fabrique à DLR. Et nous n’en changerons pas !

Nicolas Dupont-Aignan

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