Mais depuis un an, le gouvernement s’est contenté d’hausser le ton, sans agir en conséquence. Chacun de nous l’a remarqué, il a toujours sous la main une excellente raison, une raison d’impérieux intérêt général, pour justifier, au-delà de mesures un peu cosmétiques, son indulgence à l’égard du secteur bancaire et financier. Un secteur bancaire et financier qui, ne l’oublions pas, est l’un des tout premiers responsables de la surenchère spéculative suicidaire qui a mené à l’effondrement des bourses et à la crise économique.

Dans le désordre, il y eut : l’argument spécieux selon lequel l’Etat ne devait pas entrer de plain-pied dans le capital des banques car il serait incompétent (la compétence des banquiers, elle, n’étant pas en doute…), la nécessité de maintenir l’attractivité de la France dans la compétition internationale (mais pourquoi donc ne pas s’aligner tout de suite sur les standards chinois ? !), l’urgence de préserver des établissements financiers qui alimentent en crédit l’économie réelle et notamment les PME (mais comme par hasard, aucun des engagements pris par les banques sur ce terrain n’a été respecté), l’assurance que de très généreux intérêts seraient versés à l’Etat en contrepartie des 20 milliards d’argent public octroyés (on sait ce qu’il en est advenu), etc.

Dans ce registre, la ministre de l’Economie Christine Lagarde, ancienne des « boards » de multinationales américaines avant son entrée au gouvernement français, excelle tant qu’on finit par se demander de qui et de quoi elle est en réalité ministre. Et on aimerait beaucoup que sa virtuosité rhétorique soit enfin mise au service de cet intérêt général tant invoqué…

La Commission des finances de l’Assemblée nationale vient d’ailleurs de lui en fournir l’occasion, adoptant, avec le concours inattendu de députés UMP, un amendement socialiste prévoyant la sur-taxation des banques. Mais non, là encore notre ministre trouve un argument imparable : la nécessité de ne pas handicaper les banques françaises face à leurs consœurs européennes. Sauf que… plusieurs pays européens, dont la Grande-Bretagne, ont décidé de surtaxer leurs banques, faisant au passage voler en éclats l’argumentation du gouvernement français !

A l’évidence, les banquiers et financiers entendent toujours autant, crise ou pas crise, G20 ou non, se goinfrer de rémunérations faramineuses inversement proportionnelles à leurs performances. D’ores et déjà les bonus et autres qui seront distribués outre-Atlantique casseront tous les records historiques, y compris ceux établis avant la crise. Et on peut sans doute faire confiance au gouvernement français pour justifier qu’il en soit de même dans notre pays, ce qui ne manquera pas tôt ou tard de se produire, vu le rebond de la bourse depuis le début de l’année, malgré les difficultés croissante de l’économie réelle.

Moralement et économiquement, le sauvetage dans ces conditions, cette remise à flots des établissements bancaires pour qu’ils recommencent de plus belle leurs errements avides, est totalement inadmissible. Les Français n’oublieront pas de demander des comptes. Mais, dès à présent, ils ne supporteraient pas que les banques soient exemptées de toute contribution spéciale au redressement des finances publiques, très dégradées à cause d’elles. Les parlementaires semblent l’avoir compris, mais qu’en sera-t-il du gouvernement et de l’Elysée ?

Par Nicolas Dupont-Aignan