09.12.2008

Un amendement surréaliste

La crise financière semble faire perdre la tête à ceux qui étaient jusqu’à maintenant les plus raisonnables, comme en témoigne l’amendement surréaliste du sénateur Marini visant à déduire des revenus imposables les plus values de cessions de valeurs mobilières cotées en bourse.

Comment peut-on aussi, au moment où tant de Français perdent leur emploi ou ont du mal à boucler leur fin de mois faire encore payer le contribuable pour une catégorie de Français qui n’est pas le plus à plaindre.

Cette mesure est inacceptable pour 4 raisons :

  • c'est une mesure qui vise à indemniser les pertes de patrimoine, mais qu'en est-il des pertes de revenus que vont subir des centaines de milliers de Français ?
  • on ne cible que les valeurs cotées en bourse, mais qu'en est-il des Français possédant des valeurs mobilières non cotées (part de SA non cotées par exemple, parts de SARL) ? Préfère-t-on, comme toujours, dépenser davantage en faveur des actionnaires du CAC 40 sans aider les PME ?
  • il existe déjà un dispositif permettant de reporter les moins values sur les plus values ultérieures
  • le dispositif vise indistinctement toutes les moins values, qu'elles résultent ou non de comportement spéculatifs (exemple : je préfère vendre des titres pour en racheter d'autres dont la valeur immédiate est sous-estimée par rapport à leurs capitaux propres ou aux dividendes distribués).

La loi sur l’audiovisuel, le travail le dimanche et maintenant un nouveau privilège sur fonds public, on se demande vraiment si la majorité veut mettre les Français dans la rue !

Par Nicolas Dupont-Aignan

27.11.2008

"La démocratie" des petites phrases

Dimanche, à la Mutualité, il s’est passé quelque chose. Toutes celles et tous ceux qui ont participé à cette journée ont eu le sentiment de vivre un tournant. La naissance d’un vrai mouvement politique.

L’affluence (plus de 1 000 personnes alors que nous en attendions 600), le nombre de jeunes, la diversité des soutiens, le sérieux des débats constituent un formidable encouragement pour toute l’équipe DLR.

Par contraste la manière dont il a été rendu compte de ce congrès ne peut que surprendre, décevoir même.

Un journaliste connu me disait hier « quand on voit les heures d’antennes consacrées au psychodrame du PS, on ne peut manquer de s’interroger sur notre raison d’être ».

Bien sûr je n’escompte pas la même couverture. A l’évidence, beaucoup de médias ont fait écho de notre congrès (à la notable exception de France 2, RTL et Europe 1).

Pour autant, à quelques exceptions près, on a le sentiment que le fond des choses, le contenu, les idées, n’intéressent plus personne.

De mon discours, seul le passage sur l’UMP ou le PS ont été retenu. Rien sur l’analyse de la crise financière pourtant d’actualité, rien sur les moyens d’en sortir, sur la réforme de l’Europe ou sur la vision de la France que j’ai voulu détailler.

Or, comment faire vivre une démocratie, comment nourrir le débat public si les médias se concentrent uniquement sur l’accessoire pire l’accessoire des deux grands partis ?

Pourquoi s’étonner alors de voir les Français se ruer sur Internet ou les chaînes de la TNT qui laissent un peu plus de place au débat ?

A entendre certains journalistes, je suis convaincu qu’ils en souffrent autant que nous.

Mais derrière cet assèchement de l’échange intellectuel n’y a-t-il pas une volonté, consciente ou non, de normaliser la vie politique française à deux mouvements qui pensent la même chose sur l’essentiel ? Ou alors est-ce de la résignation, étant entendu que les engagements européens et internationaux de la France ne laissent plus aucune marge de manœuvre à la démocratie ?

Hors du bipartisan bien obéissant à la pensée unique, point de salut, à tout le moins de confort ?

Moyen bien commode de mettre le peuple français sous tutelle un peuple qui ne l’oublions pas a toujours été rebelle, par exemple, il n’y a pas si longtemps, en mai 2005.

Même si la tâche est difficile, nous ne devons pas nous décourager, la campagne européenne de 2009 sera l’occasion de parler aux Français !

Raison de plus pour nous mobiliser.

Par Nicolas Dupont-Aignan

22.05.2008

"Moi tu sais, je vis au jour le jour"

Cet après-midi j’étais dans l’hémicycle pour la discussion ultime du projet de loi sur les OGM. J’expliquais à un de mes collègues UMP, que je ne citerai pas par pudeur, pourquoi je voterais contre ce projet. Je lui indiquais qu’en l’absence de connaissances scientifiques suffisantes, il était irresponsable d’introduire des cultures OGM résistantes aux pesticides et aux antibiotiques qui pourraient se disséminer dans les champs.

Je lui expliquais aussi que la quasi-totalité des recherches sont payées par les semenciers et enfin que les tests n’étaient effectués que sur une durée de trois mois ce qui est insuffisant.

Il m’écoutait mais je sentais que son esprit était ailleurs. Il me répondit tout simplement : « oui, mais comment feras-tu pour rendre compétitif nos agriculteurs face à la concurrence des maïs OGM ? » Je lui ai répondu : protection des terroirs, agriculture biologique, diversité des territoires.

Un peu agacé, il partit en me disant : « de toutes façons moi je vis au jour le jour » !

Les quelques collègues qui nous écoutaient ont été estomaqués. Mais en vérité sa remarque fut très révélatrice de la manière dont se prennent aujourd’hui les décisions dans notre pays. Les Députés vivent au jour le jour, le gouvernement vit au jour le jour, le Président de la République vit au jour le jour !

D’ailleurs Madame Kosciusko-Morizet, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, a eu le mot de la fin dans son discours. Elle a clairement dit : « le gouvernement vous demande d’adopter ce projet de loi pour transposer cette directive européenne sous peine d’amende mais le Ministre d’Etat Monsieur Borloo n’approuve pas cette directive et il a demandé à ses partenaires européens de la changer ».

Comprenne qui pourra, cette politique au jour le jour !

Par Nicolas Dupont-Aignan

06.05.2008

Un an de gâchis… et maintenant ?

Le Président n’a pas respecté ses promesses (lutte contre l’euro cher, nouveau traité européen substantiellement différent de la Constitution, politique industrielle audacieuse, relance du pouvoir d’achat) et pire, s’est engagé parfois dans des politiques à contrecourant de ses discours de campagne (renforts en Afghanistan, retour dans l’OTAN, critique de la laïcité, ouverture à la gauche caviar, etc.). Quant au style, il a davantage donné l’impression de jouer avec la fonction que de l’incarner avec la sobriété et la hauteur de vue qui conviennent.

Personne ne peut se réjouir de ce fiasco car c’est de la France qu’il s’agit.

Désormais l’enjeu est double. Eviter le pire jusqu’en 2012 et préparer l’après-Sarkozy. Dans les deux cas, il faut inlassablement présenter une offre politique alternative qui s’emploie à traiter à la racine les problèmes du pays.

* une autre politique économique pour renforcer la compétitivité de nos entreprises, seul moyen d’éviter les délocalisations et de mieux partager les fruits de la croissance, (TVA sociale, baisse des charges sur les PME, investissement massif dans les nouvelles technologies, renforcement du pouvoir des consommateurs, développement de la participation)



* une autre politique européenne pour desserrer le carcan qui asphyxie notre Nation (réforme de la Banque centrale européenne, nouveau libre échange plus loyal, refus clair de l’adhésion de la Turquie, multiplication des coopérations à la carte)



* une autre politique étrangère pour restaurer l’indépendance de la France (retrait progressif d’Afghanistan, maintien de notre autonomie au sein de l’OTAN, relance d’une vraie politique de la francophonie,…)



Mais au-delà, les Français ont autant besoin d’être respectés. C’est pourquoi seul l’usage du référendum sur les sujets clés pourrait permettre de les réconcilier avec des élites qui, aujourd’hui, veulent imposer de force un modèle de société qui n’est pas le nôtre.

En cette période de doute, plus que jamais, nous devons forger un rassemblement des républicains de bonne volonté, attaché à la Nation comme à l’Etat fort et impartial qui l’incarne, conscient de la réalité de la guerre économique mondiale et résolu à réconcilier l’efficacité du marché avec la justice sociale, porteur enfin d’une autre vision de l’Europe et du Monde.

Ce rassemblement républicain doit, dès les prochaines élections européennes de juin 2009, convaincre les Français qu’une autre politique est possible.



par Nicolas Dupont-Aignan

05.05.2008

De bien drôles d’opposants à l’adhésion turque !

Le document reproduit ci-dessous est la version longue d’une tribune qui fut publiée en février 2005 dans les colonnes du Figaro. Le propos souligne que la Constitution européenne (devenue traité de Lisbonne en 2007) favorise l’entrée de la Turquie en Europe, en faisant sauter le verrou institutionnel du traité de Nice. Les dirigeants de la droite et du centre en France, se disant hostiles à l’adhésion turque, ont toujours récusé ce lien : ils ont prétendu ainsi pouvoir faire en même temps campagne pour la Constitution européenne et contre l’entrée de la Turquie. Les médias en France se sont montrés très discrets sur cette question, effectivement explosive. Mais le dernier mot sur cette controverse est revenu à Angela Merkel, alors titulaire de la présidence tournante de l’UE : en février 2007 à la tribune du Parlement européen, la chancelière allemande a avoué sans complexe que la Constitution européenne / traité de Lisbonne était indispensable à l’élargissement de l’Europe à la Turquie pour des raisons institutionnelles. Ce que nous n’avions nous-mêmes cessé d’affirmer depuis plusieurs années, dans l’indifférence médiatique et malgré les démentis méprisants des partis dominants…

Turquie et constitution européenne sont liées, évidemment !

Le traité constitutionnel n’aurait rien à voir avec l’adhésion programmée de la Turquie à l’Union européenne. C’est en tout cas ce que martèlent ses partisans, à tel point qu’on en vient à se demander s’ils ne cherchent pas d’abord à s’en convaincre eux-mêmes. A les en croire, il n’y aurait qu’un malencontreux télescopage de calendrier.

Mais comme le pressentent à juste titre de plus en plus de Français, le lien entre les deux questions est en réalité fondamental.

Pour la raison simple, tout d’abord, que la constitution européenne n’est rien d’autre que le contrat de mariage qui propose de lier entre elles les nations d’Europe. Or, comment prétendre inviter nos concitoyens à parapher ce contrat de mariage en leur enjoignant de ne surtout pas se demander avec qui ils le signent ? C’est un peu se moquer du monde car chacun sait que quand on se marie, on se soucie bien plus du conjoint que du Code civil ! Or le conjoint est aussi turc.

« Mais cette adhésion n’est pas certaine ! », nous répondra-t-on. Au contraire, deuxième secret de polichinelle, il est bien évident qu’il ne sera pas possible de dire non après une décennie de négociation avec Ankara : la crise qui s’ouvrirait alors avec la Turquie serait trop grave pour que quiconque en prenne le risque. Comme le dit joliment Robert Badinter, on ne dit pas non devant Monsieur le Maire après 10 ans de fiançailles. Ajoutons qu’on nous dira dans 10 ans qu’il serait suicidaire pour la France de bloquer solitairement l’adhésion turque dans le cadre de la constitution, cette dernière faisant dépendre la plupart de nos lois du bon vouloir de la majorité (qualifiée) de nos partenaires. C’est donc seulement en juin prochain, en refusant de signer la constitution, que les Français auront la dernière chance d’empêcher le mariage forcé avec la Turquie. Après, il sera définitivement trop tard.

« Mais vous allez sacrifier le traité constitutionnel pour une question qui n’a rien à voir avec lui ! ». Serait-ce vraiment le cas ? A lire la constitution, on a au contraire le sentiment que celle-ci est non seulement l’instrument de l’adhésion turque mais encore, plus fondamentalement, son complice.

Tout d’abord, omettant délibérément de définir les frontières de l’Europe, la constitution ouvre la voie à l’intégration turque là où le traité de Nice l’empêchait. En effet, ce dernier attribue nominativement aux 27 pays membres (les 25 actuels plus la Roumanie et la Bulgarie) le nombre de sièges au Parlement européen et de voix au Conseil. La Turquie ne figure pas dans cette liste. A l’inverse, la constitution fait sauter ce verrou en inscrivant seulement le principe de la représentation des pays membres au poids démographique, laissant la porte ouverte à n’importe quelle adhésion future. Ainsi, refuser la constitution, c’est en rester à un traité de Nice qui paralyse institutionnellement et politiquement cette intégration, la possibilité de parvenir dans ce système à un accord taillé sur mesures pour l’entrée de la Turquie étant très problématique à de nombreux égards. Ce serait donc le meilleur moyen pour les peuples d’exercer une pression vigilante sur leurs dirigeants, afin qu’ils négocient un nouveau traité, délimitant vraiment celui-là les frontières de l’Europe.

Plus grave, l’adhésion de la Turquie, qui est en soi nocive pour l’Europe, deviendrait franchement dangereuse avec le traité constitutionnel : premièrement, ce pays, bien que le moins européen de l’Union, en deviendrait le plus puissant parce que le plus peuplé (100 millions d’habitants à l’horizon 2025). En effet, la constitution établit le poids politique relatif des pays membres dans l’Union au prorata de leur population. Ensuite, l’influence prépondérante de la Turquie se ferait sentir dans les 25 nouveaux domaines de compétences (dont l’immigration) auxquels le traité constitutionnel étend la majorité qualifiée : la France prendrait ainsi le risque de se voir infliger des lois européennes fortement inspirées par la Turquie. Notons enfin que la constitution renforce dangereusement les droits des minorités ethniques et religieuses (les Cours de justice européennes en étant les garantes face aux Etats), ce qui encouragerait davantage les revendications communautaristes des immigrés turcs d’Europe au détriment de la cohésion sociale et nationale des pays d’accueil.

Ainsi, non seulement le traité constitutionnel permet l’intégration turque mais de surcroît il en aggrave l’impact. Il n’y a là aucun hasard, puisque… la Turquie a participé à l’élaboration du projet de constitution et l’a signée en octobre dernier à Rome, comme si elle était déjà membre à part entière de l’UE ! Plus généralement, la complicité de la constitution avec l’adhésion turque n’est pas fortuite dans la mesure où l’Europe qu’organise le traité constitutionnel est exactement la même, mais dans une version aggravée, que celle qui a d’ores et déjà conduit à l’ouverture des fatales négociations d’adhésion : ce sont en effet les mêmes hommes, la même logique institutionnelle et donc la même vision de l’Europe qui ont conduit, d’un côté, à la signature de la constitution européenne fin octobre et, de l’autre, à l’accord de Bruxelles du 17 décembre, un mois et demi plus tard. Les Français ne doivent donc avoir aucun état d’âme à dire non en mai 2005.

En somme, le oui condamne l’Europe là où le non lui offre sa dernière chance de sursaut.

Dire non en mai 2005, ce serait épargner à l’Europe une fatale dislocation : la Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’Union, moins parce qu’elle est musulmane que parce qu’elle n’est pas européenne. Sa taille, sa situation géographique, sa culture, son économie, sa démographie, son insertion géopolitique dans l’Asie centrale turcophone, sa contiguïté avec le Moyen-Orient arabo-musulman, sa laïcité bottée et ambiguë, son nationalisme incapable de reconnaître le génocide arménien, en font un pays non-européen dont l’adhésion mettrait en péril non seulement la pérennité de l’UE mais aussi, en tout état de cause, sa propre cohésion.

Dire non, ce serait ensuite contraindre les dirigeants européens à négocier un nouveau traité qui délimiterait une fois pour toutes la construction européenne au continent européen.

Dire non en mai 2005, ce serait plus généralement récuser un système antidémocratique qui cherche à imposer ses orientations par la politique du fait accompli, la dilution des responsabilités et le détournement de la souveraineté populaire au travers de mécanismes de contrôle démocratique fallacieux (droit de pétition, renforcement factice du contrôle parlementaire sur la Commission).

Dire non, ce serait en définitive refuser la perspective d’une Europe très affaiblie à l’intérieur, ouverte à tous les vents de la mondialisation (article 314 CE) et réintégrée dans le giron de l’OTAN (article 41 CE). Bref, ce serait refuser l’Europe-impuissance sur laquelle misent les Etats-Unis en favorisant l’adhésion de la Turquie, leur deuxième cheval de Troie après la Grande-Bretagne, et qu’anticipe le Parlement européen en préconisant la communautarisation du siège de la France au Conseil de sécurité des Nations Unies (rapport Laschet).

Dire non, en fin de compte, ce serait ouvrir la voie à une nouvelle organisation de l’Europe, qui délimiterait ses frontières, démocratiserait ses institutions en instaurant une confédération d’Etats respectueuse de la souveraineté démocratique des peuples et qui organiserait les coopérations scientifiques et industrielles à géométrie variable (type Airbus) seules capables de rendre au continent toute sa place et son rayonnement sur la scène mondiale.

Le choix historique qu’offre le référendum ne consiste pas à approuver ou à rejeter l’Europe, mais à dire laquelle nous voulons : l’Europe condamnée d’avance de la Turquie et de la constitution ou l’espoir d’une Europe réellement européenne au service des peuples.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député UMP de l’Essonne Président de Debout la République

11.04.2008

OTAN : l'erreur de Bayrou, l'audace de Dupont-Aignan

Le premier ne risquait rien à voter la motion de censure. Il ne l'a pas fait. Le second risque des représailles de l'UMP, il l'a votée. La politique est parfois bien étrange...



Des manifestants brûlent le drapeau de l'OTAN - comcinco - Flickr - cc -
Des manifestants brûlent le drapeau de l'OTAN - comcinco - Flickr - cc -
Voici quelques semaines, François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan ont signé l'appel républicain de Marianne. Son objectif ? Rassembler l'opposition sur la défense de quatre principes républicains : la laïcité, la lutte contre les dérives monarchiques du régime, l'indépendance de la presse et la poursuite de la politique étrangère de la France. Ce dernier point rappelait l'attachement des signataires «aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.»

Une motion quasi-gaulliste
La logique voulait que Bayrou et Dupont-Aignan votent la motion de censure déposée par les socialistes à l'Assemblée nationale le 8 avril, d'autant que celle-ci reprenait quasiment les termes de l'appel de Marianne, étant rédigée dans des termes presque gaulliens, compatibles avec la droite et le centre républicains : «Nous voulons éclairer les Français sur la dangereuse rupture que sont en train d'opérer le président et son gouvernement avec le consensus national qui prévalait sur les principes d'indépendance militaire et stratégique de notre pays.» (…) « L'ouverture de négociations sur le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan, la compréhension affichée envers la funeste intervention américaine en Irak, le discours prononcé par le chef de l'Etat devant le Congrès américain ont posé les jalons d'un alignement atlantiste global dont nous récusons la pertinence et l'opportunité pour notre pays.» On a même entendu le très peu gaulliste Nöel Mamère tonner dans l'hémicycle : «On aurait presque envie de dire : MM. Chirac et Villepin, revenez, ils sont devenus fous!»

Un argumentaire peu convaincant
Or Nicolas Dupont-Aignan a voté cette motion tandis que François Bayrou s'abstenait. Un vote inversement proportionnel au risque que comportait ce vote : nul pour François Bayrou, que Nicolas Sarkozy continue de considérer comme un ennemi prioritaire, et conséquent pour Dupont-Aignan, qui appartient à la majorité. Le silence assourdissant d'un Philippe de Villiers ou d'autres députés supposés de sensibilité gaulliste, qui ont voté contre le motion de censure, confirme d'ailleurs l'audace de NDA. Par contraste, celle-ci souligne l'erreur de François Bayrou, qui prend, lui, le risque de n'être compris ni de ses électeurs, aujourd'hui majoritairement opposants au régime, ni de ses militants (voir l'article d'Anna Borrel). Certes, le leader du MoDem a fourni une explication à sa décision en regrettant que les socialistes aient «mélangé» deux sujets, l'OTAN et l'Afghanistan qui, dans son esprit, ne devaient pas l'être, affirmant même qu'il aurait voté la motion si elle n'avait porté que sur l'OTAN. L'argument ne convainc guère à la lecture de la motion de censure qui dénonce globalement le risque d'une dérive atlantiste du régime : la question de l'Afghanistan y est presque secondaire.

Mercredi 09 Avril 2008 - 09:02
Philippe Cohen

17:12 Publié dans actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : otan, nda, ariège, 09

05.10.2007

Monsieur le Ministre de l’environnement, changeons les règles de l’OMC !

Intervention de NDA à la tribune de l’Assemblée, lors du débat parlementaire sur le "Grenelle de l’environnement"

 

Monsieur le Ministre,

La convocation d’une table ronde nationale où la plupart des problèmes sont posés sans tabou et où chacun peut s’exprimer, est une chose suffisamment rare pour être saluée. Vous le savez, je n’ai pas pour habitude de ménager mes critiques lorsque l’intérêt du pays me paraît menacé. C’est pourquoi, inversement, je suis d’autant plus à l’aise pour saluer le « Grenelle de l’environnement » dont vous menez avec fermeté et ouverture d’esprit les débats.

Vous semblez vouloir prendre à bras le corps le fond des choses, ce qui est à la fois louable et sage. Louable, car dans ce domaine essentiel pour notre avenir à tous la situation exige désormais des résultats rapides et concrets. Sage, car aujourd’hui les Français ne se contenteront plus de simples pétitions de principes, qu’ils sanctionneraient le moment venu avec la dernière fermeté.

Vous me permettrez donc, Monsieur le Ministre, de vous adresser tous mes encouragements pour tenir bon face aux obstacles de toute nature, aux pressions des uns ou des autres, ou alors aux gros yeux de Bruxelles qui prétendrait une fois de plus faire la leçon au peuple français, ce cancre de la classe européenne qui s’imagine parfois encore, suprême arrogance, pouvoir décider de son propre destin !

Du courage, donc, il vous en faudra pour faire avancer le développement durable dans le domaine, par exemple, des transports urbains, et encore plus pour le faire progresser non pas seulement au niveau national, mais aussi aux niveaux européen et mondial, là où précisément il prend tout son sens. Mon temps de parole étant compté, vous me permettrez de revenir rapidement sur ces deux points.

Elu francilien de la grande Couronne, la nécessité de transports écologiques et adaptés aux besoins des utilisateurs me paraît vitale. On parle beaucoup, et on a raison, de la maîtrise du trafic automobile en Ile-de-France et dans les grandes agglomérations. Sur ce point, je souhaite insister combien il est nécessaire de ne pas aborder cette question par le petit bout de la lorgnette : c’est d’une politique d’ensemble, multimodale et coordonnée entre les différentes collectivités, dont nous avons besoin.

J’entends parler, par exemple, d’une réduction de 10 km/h de la vitesse maximale autorisée sur nos réseaux routiers. Pourquoi pas, mais veillons au respect de la limitation actuelle et surtout imposons le bridage des moteurs. Pour que chacun acquitte sa part, instaurons également une éco-pastille proportionnelle à la pollution générée par les véhicules et une taxe sur le trafic poids lourd de transit, à l’instar de certains pays européens. Naturellement, l’intégralité du produit de ces taxes serait versée à un fonds national pour la création d’infrastructures durables : le ferroutage, la construction de lignes de tramway dans les villes moyennes, etc. Soit dit en passant, ainsi pourrait-on réparer la politique de Gribouille de la cession au privé de nos sociétés d’autoroute qui, faut-il le rappeler, prive la collectivité des 20 milliards d’euros pour financer les infrastructures nécessaires de ces vingt prochaines années…

Mais il faudra savoir aller jusqu’au bout de la démarche : qui dit réduction de la pollution atmosphérique, dit également développement de transports en commun dignes de ce nom : en effet, le meilleur moyen de limiter la circulation automobile n’est pas d’interdire la voiture mais d’offrir des transports en commun sûrs, ponctuels et suffisants : plutôt que d’engloutir 800 millions d’euros dans la ligne T3, n’aurait-il pas été préférable de pousser les feux du « Métrophérique » ou, plus simplement de moderniser la ligne D du RER dont l’activité représente plus de 10% du trafic national quotidien mais dont les infrastructures sont scandaleusement vétustes (certains aiguillages datent de 1927 !), les rames souvent dégradées et la fréquence de la liaison avec Paris notoirement insuffisante ?!

Comment, enfin, dénoncer la pollution automobile et ignorer à ce point la pollution générée par le trafic aérien ? Je déplore profondément, Monsieur le Ministre, que vous n’ayez jugé bon d’intégrer à votre réflexion cette problématique majeure pour toutes les zones urbaines limitrophes des aéroports. Comment admettre que l’éco-pastille ne soit envisagée que pour le trafic terrestre, alors que la pollution au kérosène constitue une cause décisive de la dégradation de la couche d’ozone ? Comment mettre de côté la pollution du bruit, qui est non seulement devenue la préoccupation majeure des riverains des aéroports mais aussi des autres habitants des grandes agglomérations urbaines ? Il y a là, Monsieur le Ministre, des lacunes que vous aurez à cœur, je l’espère et je vous y engage vivement, de combler !

Ce sont là des efforts difficiles, une politique ambitieuse, qu’il nous faudra savoir mener pour réellement relever le défi du développement durable. Mais tous nos sacrifices à l’échelle nationale seront vains, vous le savez Monsieur le Ministre, Chers Collègues, si nous n’obtenons pas des grandes puissances économiques mondiales qu’elles changent elles aussi de comportement et ce, de manière radicale.

La France devra ainsi avoir le courage de dire son fait à la Commission de Bruxelles qui veut imposer les OGM dans nos assiettes. Soit dit en passant, l’exemple des OGM doit nous alerter sur le danger du traité européen simplifié, qui aggraverait encore cette fuite en avant irresponsable dans le fédéralisme européen. Au-delà, notre pays devra aussi avoir le courage de se battre pour changer les règles de l’OMC, instaurer des droits de douane écologiques contre les produits ne respectant pas nos normes ISO (je pense à des droits de douane progressifs, augmentant de 5% chaque année en sorte d’inciter les entreprises concernées à s’adapter), créer une taxe carbone qui intègre au prix des produits importés le coût environnemental de leur acheminement, etc.

J’entends d’ici les cris d’orfraie de certains bons docteurs « ès-mondialisation heureuse », qui nous expliqueront que c’est impossible et antiéconomique. Je suis pour ma part absolument convaincu du contraire : nécessité évidente pour la sauvegarde de la planète, la régulation environnementale de l’économie mondiale pourrait constituer un sas vers la non moins nécessaire régulation économique et sociale de cette mondialisation-clochardisation déloyale, qui nous entraîne irrémédiablement sur la pente de la dépendance, de l’appauvrissement et de la régression tous azimuts.

Paradoxe qui n’en est sans doute pas un mes Chers Collègues, et j’en terminerai là, la lutte pour la sauvegarde de la planète pourrait bel et bien être une étape indispensable à un autre combat, non moins nécessaire mais hélas oublié en ces temps de retour à l’état de nature pour cause d’hyper-capitalisme sans foi ni loi : le combat pour le Progrès, matériel et moral, du genre humain.

Je vous remercie.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député non-inscrit de l’Essonne Président de Debout la République