24.10.2008

L'Etat au service des banques ?

Alors qu’il y a encore quelques semaines nos banques étaient censées être les plus solides du monde, le gouvernement ne cesse d’annoncer des mesures en leur faveur.

Outre la décision des chefs d’Etats européens de garantir les crédits interbancaires pour leur permettre de se prêter à nouveau entre elles, Mme Lagarde a annoncé hier soir, lundi 20 octobre, le déblocage de 10 milliards sous forme de prêt. Cette somme considérable s’ajoute aux 22 milliards mobilisés - pour soi-disant aider les banques à financer les PME - à partir des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations. 5 milliards seraient d’ores et déjà disponibles via OSEO la banque publique qui a pour mission de soutenir l’innovation et la croissance dans les PME. 17 autres milliards auraient été virés par la Caisse des Dépôts et Consignations en deux fois (8 milliards le 15 octobre, 9 milliards le 21 octobre) selon le journal le Monde. Ce dernier ajoute que les pouvoirs publics et la Fédération française de banques n’ont pas encore signé la convention qui doit permettre d’en suivre l’utilisation !

Cette précipitation du gouvernement peut s’expliquer par la gravité de la crise et les moments de panique boursiers. En revanche, l’opacité qui règne dans les relations entre l’Etat et les banques ne peut qu’inquiéter.

De deux choses l’une, soit les établissements français n’ont pas de difficulté et pourquoi alors déverser de telles sommes (les 40 milliards de fonds propres représente 2,1% du PIB, pour un secteur bancaire pesant 2,6% du PIB !), soit leur situation est périlleuse et pourquoi alors ne pas exiger une nationalisation même partielle et temporaire accompagnée d’un changement de stratégie et de direction ?

On peut comprendre, pour éviter des mouvements de retrait en chaîne, la nécessaire discrétion de Bercy. Mais se donne-t-on vraiment les moyens de savoir ? Plusieurs questions méritent de toute urgence une réponse.

  1. La Banque de France et le gouvernement ont-ils un état précis, banque par banque, des risques réels ? La moindre des choses serait de voter une loi qui oblige, sous peine de poursuites pénales, les dirigeants à communiquer les détails de leurs engagements. De surcroît, il y a suffisamment d’inspecteurs des finances et de contrôleurs d’Etat qui pourraient être missionnés dans chaque direction pour faire un état des lieux, notamment de leurs engagements dans les hedge funds et les paradis fiscaux
  2. Pourquoi prêter de l’argent aux banques, renforcer leurs fonds propres ou leur transférer des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations sans prendre une part du capital ? Car qui paye, en l’occurrence le contribuable, doit contrôler ! Comment ne pas voir non plus que les promesses faites lors de l’annonce de la mobilisation des 40 milliards d’euro au profit des banques, ne seront pas tenues ? Il avait été question en contrepartie de cette aide astronomique d’une prise de participation directe dans le capital et les décisions des banques ! Or avec ce prêt de 10 milliards, il n’en est rien ! Faut-il comprendre que les banquiers français sont des libéraux dogmatiques, hostiles par idéologie à toute nationalisation, alors même que leurs homologues britanniques et américains, plus pragmatiques eux, s’y résolvent ? Faut-il comprendre qu’ils mènent les représentants de l’Etat par le bout du nez ? Comment admettre que la puissance publique, par le mécanisme retenu, évite à des actionnaires défaillants une dilution du capital et une diminution des dividendes ? L’Etat serait-il au service des banques plutôt que de la collectivité ? A cet égard, il paraît pour le moins incompréhensible que l’Etat soit minoritaire au sein même de la structure de refinancement créée pour l’occasion.

En définitive, le flou qui règne sur ce sauvetage bancaire ne peut qu’inquiéter et donc scandaliser à terme un peu plus nos concitoyens. Au-delà des grands discours du président de la République, de quelques sanctions très provisoires (le Directeur Général des Caisses d’Epargne deviendrait Président du Crédit Foncier), l’oligarchie politico-financière du pays montre le visage d’une toute petite minorité essayant de sauver les meubles aux frais du contribuable et dans son dos.

Et pendant ce temps-là, rien de probant sur la lutte contre les paradis fiscaux, le contrôle public des agences de notation, l’interdiction franche et réelle des hedge funds ou des revenus indécents que s’adjugent les profiteurs de la finance. Enfin et surtout rien pour redresser durablement une économie réelle qui a plus que jamais besoin d’une gestion keynésienne, notamment par un grand plan d’investissement européen.

privatisationLoin d’une reprise en main de l’économie par les politiques, les mesures prises s’apparentent davantage à une privatisation de l’Etat au profit de ceux qui ont mis hier les peuples sur la paille et s’apprêtent aujourd’hui à les mettre à la rue. Un Etat qui vient au secours du marché et qui en est devenu l’otage ! A suivre, et de près…

14.10.2008

Crise : assez d’hypocrisie !

Marianne, édition du 11 octobre 2008

Le bal des hypocrites

Pour éteindre l’incendie de la crise financière il est nécessaire d’intervenir massivement. Pour autant, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la gêne, pour ne pas dire un profond sentiment de révolte, à l’idée que les centaines de milliards d’euros déversés dans le système puissent simplement servir à le requinquer pour qu’il reproduise de plus belle les mêmes abus.

Cela reviendrait tout simplement à remettre de l’essence dans une voiture qui n’a pas de freins. A-t-on vraiment envie de récompenser les spéculateurs et les dirigeants bancaires défaillants, eux qui pendant plusieurs décennies ont justifié le pressurage des salariés et des consommateurs, au nom de la sacro-sainte création de valeur ?

Mettons fin à cette hypocrisie générale. Si l’on veut vraiment sauver l’économie mondiale, il faut d’une part la moraliser et d’autre part la relancer.

En dépit des beaux discours, on en est très loin !

Pour vraiment moraliser et donc réguler la sphère financière, il faudrait tout d’abord que le pouvoir politique reprenne le pouvoir sur le monde économique et financier. Le G4 s’est réuni à Paris mais ni Nicolas Sarkozy ni Angela Merkel n’ont, par exemple, désavoué le Commissaire Mc Creevy qui s’est opposé il y a à peine deux semaines au vote quasi unanime du Parlement européen en faveur de l’encadrement des hedge funds ! De même, on aide des banques qui continuent d’opérer à partir des paradis fiscaux !

Enfin pour se disculper de leur inaction, les dirigeants nationaux se retranchent derrière la nécessaire coopération européenne. Celle-ci étant quasi impossible, les vrais responsables peuvent dormir tranquille !

Or, il est faux de dire que rien ne peut être fait au niveau national ! Le 9 septembre dernier, le Parlement néerlandais a le premier voté une loi taxant fortement les excès de rémunération des dirigeants d’entreprises. En France pourtant, les traders continuent depuis plusieurs années de bénéficier d’un régime de faveur pour leurs primes exceptionnelles ! Pire, pour financer le RSA, le gouvernement a préféré taxer l’épargne des Français plutôt que d’aligner sur le régime général de l’impôt sur le revenu, les plus-values de ceux qui exercent leurs stock-options. Enfin quant à la loi sur les parachutes dorés on attend… les propositions du MEDEF !!

La même passivité l’emporte face à la récession qui s’amplifie. Il ne sert à rien de déverser des milliards d’aides aux banques si la relance de l’économie ne permet pas aux entreprises d’investir et de produire et aux particuliers de consommer. Souvenons-nous de la leçon de Keynes : il faut un équilibre raisonnable et dynamique entre l’offre et la demande sans quoi le système capitaliste court à sa perte faute de consommateurs solvables. La crise d’aujourd’hui due à un excès d’endettement pour cause d’insuffisance de salaires vient confirmer cette loi de manière éclatante.

C’est pourquoi aucune relance ne sera efficace sans revoir le cadre économique mondial. La mondialisation-clochardisation qui éreinte les économies développées et qui déséquilibrent les pays émergents depuis une quinzaine d’années doit être remise en cause. Au libre-échange sauvage qui nivèle tout par le bas, il faut enfin préférer la mise en place de zones régionales de libre échange, commerçant raisonnablement les unes avec les autres et pratiquant en interne de vigoureuses politiques de développement économique. Cela implique donc le bouleversement radical d’une construction européenne dogmatique, pour enfin garantir une monnaie utile à la croissance et des règles de marché favorables à l’innovation, à la hausse des salaires et aux PME.

Or, là aussi les dirigeants européens font semblant d’agir. Contrairement à ce qui est répété sur toutes les télévisions en Europe, le ralentissement économique a précédé la crise financière. Avec un euro surévalué qui entraîne des délocalisations massives, des taux d’intérêt trop élevés, l’absence de préférence communautaire et l’interdiction d’une vraie politique industrielle, comment notre continent pourrait-il s’en sortir dans la mondialisation sauvage d’aujourd’hui ? Réforme du statut de la Banque centrale européenne et programme de grands travaux par la Banque européenne d’investissement, on connait pourtant les solutions. Le Président Sarkozy pourra-t-il longtemps préconiser une politique et se coucher devant ses partenaires, notamment allemands, pour subir celle qu’il ne cesse de dénoncer ?

C’est pourquoi, sans attendre nos partenaires, la France peut et doit prendre des mesures propres pour atténuer le choc de la crise. La création d’un fond de garantie pour les PME, le remplacement du dispositif sur les heures supplémentaires (qui se concentre sur les emplois existants) par la suppression de charges sur les nouveaux emplois des PME (potentiellement très créatrices d’emplois), ou encore l’adossement de certains prêts aux particuliers à la Caisses des dépôts et consignations,… comme le fait la CDC allemande pour soutenir les investissements écologiques des particuliers. Trois mesures simples, parmi d’autres, qui pourraient limiter les dégâts.

En définitive aujourd’hui les chefs d’Etat sont au pied du mur. Comme dans toutes les crises majeures, ils ne peuvent plus faire semblant, mentir aux peuples et se mentir à eux-mêmes. La loi implacable et dramatique de l’Histoire les oblige à agir sauf à se faire emporter par une vague de troubles sociaux et politiques !

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député de l’Essonne Président du parti gaulliste Debout la République

09.10.2008

Triste anniversaire de la Vème République hier à l'Institut

Hier après-midi, j’ai assisté à l’Institut de France à la célébration du 50ème anniversaire de la Constitution de 1958.

Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, a prononcé un remarquable discours sur l’œuvre du général de Gaulle et de Michel Debré.

Le Président Sarkozy, en réponse, n’a fait que plaider pour sa propre réforme institutionnelle. Comme d’habitude, il a parlé de lui plutôt que de parler de la France. Sous prétexte que le général de Gaulle a modifié la Constitution en 1962, quatre ans après son instauration, Nicolas Sarkozy s’est dit autorisé à « agir ». Eloge permanent du « bougisme » - « je bouge, donc je suis » - qui passe à côté de l’essentiel : le sens de l’action.

Comme d’habitude, pour se disculper de détricoter l’œuvre du fondateur de la Vème, l’actuel Président a assimilé la fidélité au Général à une vulgaire « nostalgie » et s’est autoproclamé « moderne ».

Bref, ce fut hier du Sarkozy pur-jus. On se souvient que Charles de Gaulle a eu ce propos aussi prophétique que facétieux : « Tout le monde a été, est ou sera gaulliste. » Mais a-t-il imaginé que ses adversaires allaient à ce point se réclamer de lui pour détourner, pour mettre par terre, son principal legs ?

22.05.2008

"Moi tu sais, je vis au jour le jour"

Cet après-midi j’étais dans l’hémicycle pour la discussion ultime du projet de loi sur les OGM. J’expliquais à un de mes collègues UMP, que je ne citerai pas par pudeur, pourquoi je voterais contre ce projet. Je lui indiquais qu’en l’absence de connaissances scientifiques suffisantes, il était irresponsable d’introduire des cultures OGM résistantes aux pesticides et aux antibiotiques qui pourraient se disséminer dans les champs.

Je lui expliquais aussi que la quasi-totalité des recherches sont payées par les semenciers et enfin que les tests n’étaient effectués que sur une durée de trois mois ce qui est insuffisant.

Il m’écoutait mais je sentais que son esprit était ailleurs. Il me répondit tout simplement : « oui, mais comment feras-tu pour rendre compétitif nos agriculteurs face à la concurrence des maïs OGM ? » Je lui ai répondu : protection des terroirs, agriculture biologique, diversité des territoires.

Un peu agacé, il partit en me disant : « de toutes façons moi je vis au jour le jour » !

Les quelques collègues qui nous écoutaient ont été estomaqués. Mais en vérité sa remarque fut très révélatrice de la manière dont se prennent aujourd’hui les décisions dans notre pays. Les Députés vivent au jour le jour, le gouvernement vit au jour le jour, le Président de la République vit au jour le jour !

D’ailleurs Madame Kosciusko-Morizet, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, a eu le mot de la fin dans son discours. Elle a clairement dit : « le gouvernement vous demande d’adopter ce projet de loi pour transposer cette directive européenne sous peine d’amende mais le Ministre d’Etat Monsieur Borloo n’approuve pas cette directive et il a demandé à ses partenaires européens de la changer ».

Comprenne qui pourra, cette politique au jour le jour !

Par Nicolas Dupont-Aignan

16.05.2008

OGM : DLR salue le courage des parlementaires

REJET DU TEXTE SUR LES OGM : UNE BONNE NOUVELLE

En rejetant le texte sur les OGM, les Députés ont réaffirmé avec courage le principe de précaution ; ils ont ainsi refusé de céder aux pressions de grands groupes industriels et aux recommandations mi-chèvre, mi-chou de la Commission européenne.

On ne peut tout à la fois organiser à grand frais de publicité le Grenelle de l’environnement et sacrifier quelques mois après, la santé et l’environnement aux intérêts économiques.

Le Gouvernement doit savoir entendre ce message et proposer un nouveau texte équilibré garantissant le développement de la recherche scientifique et préservant l’agriculture biologique de tout risque de dissémination.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député non-inscrit de l’Essonne Président de Debout la République

14.05.2008

Libre échange et destruction économique et sociale.

La parution sur le site de L'ANPE d'une annonce proposant un poste en Inde avec un salaire de base de 10000 roupies est révélatrice d'un état d'esprit apathique face à destruction économique et sociale générale à laquelle nous assistons.

13.05.2008

OGM, Citoyens 1 - Gouvernement 0

Je ne peux que me réjouir du vote de nos parlementaires cet après-midi dans l’hémicycle. Le peuple est majoritairement défavorable à une libre culture des OGM et pour une fois, notre assemblée nationale est enfin le reflet de la pensée populaire.

Félicitations à tous les députés qui ont osé.

par Philippe Martinez-Mateos

Responsable départemental DLR09

06.05.2008

Un an de gâchis… et maintenant ?

Le Président n’a pas respecté ses promesses (lutte contre l’euro cher, nouveau traité européen substantiellement différent de la Constitution, politique industrielle audacieuse, relance du pouvoir d’achat) et pire, s’est engagé parfois dans des politiques à contrecourant de ses discours de campagne (renforts en Afghanistan, retour dans l’OTAN, critique de la laïcité, ouverture à la gauche caviar, etc.). Quant au style, il a davantage donné l’impression de jouer avec la fonction que de l’incarner avec la sobriété et la hauteur de vue qui conviennent.

Personne ne peut se réjouir de ce fiasco car c’est de la France qu’il s’agit.

Désormais l’enjeu est double. Eviter le pire jusqu’en 2012 et préparer l’après-Sarkozy. Dans les deux cas, il faut inlassablement présenter une offre politique alternative qui s’emploie à traiter à la racine les problèmes du pays.

* une autre politique économique pour renforcer la compétitivité de nos entreprises, seul moyen d’éviter les délocalisations et de mieux partager les fruits de la croissance, (TVA sociale, baisse des charges sur les PME, investissement massif dans les nouvelles technologies, renforcement du pouvoir des consommateurs, développement de la participation)



* une autre politique européenne pour desserrer le carcan qui asphyxie notre Nation (réforme de la Banque centrale européenne, nouveau libre échange plus loyal, refus clair de l’adhésion de la Turquie, multiplication des coopérations à la carte)



* une autre politique étrangère pour restaurer l’indépendance de la France (retrait progressif d’Afghanistan, maintien de notre autonomie au sein de l’OTAN, relance d’une vraie politique de la francophonie,…)



Mais au-delà, les Français ont autant besoin d’être respectés. C’est pourquoi seul l’usage du référendum sur les sujets clés pourrait permettre de les réconcilier avec des élites qui, aujourd’hui, veulent imposer de force un modèle de société qui n’est pas le nôtre.

En cette période de doute, plus que jamais, nous devons forger un rassemblement des républicains de bonne volonté, attaché à la Nation comme à l’Etat fort et impartial qui l’incarne, conscient de la réalité de la guerre économique mondiale et résolu à réconcilier l’efficacité du marché avec la justice sociale, porteur enfin d’une autre vision de l’Europe et du Monde.

Ce rassemblement républicain doit, dès les prochaines élections européennes de juin 2009, convaincre les Français qu’une autre politique est possible.



par Nicolas Dupont-Aignan

05.05.2008

De bien drôles d’opposants à l’adhésion turque !

Le document reproduit ci-dessous est la version longue d’une tribune qui fut publiée en février 2005 dans les colonnes du Figaro. Le propos souligne que la Constitution européenne (devenue traité de Lisbonne en 2007) favorise l’entrée de la Turquie en Europe, en faisant sauter le verrou institutionnel du traité de Nice. Les dirigeants de la droite et du centre en France, se disant hostiles à l’adhésion turque, ont toujours récusé ce lien : ils ont prétendu ainsi pouvoir faire en même temps campagne pour la Constitution européenne et contre l’entrée de la Turquie. Les médias en France se sont montrés très discrets sur cette question, effectivement explosive. Mais le dernier mot sur cette controverse est revenu à Angela Merkel, alors titulaire de la présidence tournante de l’UE : en février 2007 à la tribune du Parlement européen, la chancelière allemande a avoué sans complexe que la Constitution européenne / traité de Lisbonne était indispensable à l’élargissement de l’Europe à la Turquie pour des raisons institutionnelles. Ce que nous n’avions nous-mêmes cessé d’affirmer depuis plusieurs années, dans l’indifférence médiatique et malgré les démentis méprisants des partis dominants…

Turquie et constitution européenne sont liées, évidemment !

Le traité constitutionnel n’aurait rien à voir avec l’adhésion programmée de la Turquie à l’Union européenne. C’est en tout cas ce que martèlent ses partisans, à tel point qu’on en vient à se demander s’ils ne cherchent pas d’abord à s’en convaincre eux-mêmes. A les en croire, il n’y aurait qu’un malencontreux télescopage de calendrier.

Mais comme le pressentent à juste titre de plus en plus de Français, le lien entre les deux questions est en réalité fondamental.

Pour la raison simple, tout d’abord, que la constitution européenne n’est rien d’autre que le contrat de mariage qui propose de lier entre elles les nations d’Europe. Or, comment prétendre inviter nos concitoyens à parapher ce contrat de mariage en leur enjoignant de ne surtout pas se demander avec qui ils le signent ? C’est un peu se moquer du monde car chacun sait que quand on se marie, on se soucie bien plus du conjoint que du Code civil ! Or le conjoint est aussi turc.

« Mais cette adhésion n’est pas certaine ! », nous répondra-t-on. Au contraire, deuxième secret de polichinelle, il est bien évident qu’il ne sera pas possible de dire non après une décennie de négociation avec Ankara : la crise qui s’ouvrirait alors avec la Turquie serait trop grave pour que quiconque en prenne le risque. Comme le dit joliment Robert Badinter, on ne dit pas non devant Monsieur le Maire après 10 ans de fiançailles. Ajoutons qu’on nous dira dans 10 ans qu’il serait suicidaire pour la France de bloquer solitairement l’adhésion turque dans le cadre de la constitution, cette dernière faisant dépendre la plupart de nos lois du bon vouloir de la majorité (qualifiée) de nos partenaires. C’est donc seulement en juin prochain, en refusant de signer la constitution, que les Français auront la dernière chance d’empêcher le mariage forcé avec la Turquie. Après, il sera définitivement trop tard.

« Mais vous allez sacrifier le traité constitutionnel pour une question qui n’a rien à voir avec lui ! ». Serait-ce vraiment le cas ? A lire la constitution, on a au contraire le sentiment que celle-ci est non seulement l’instrument de l’adhésion turque mais encore, plus fondamentalement, son complice.

Tout d’abord, omettant délibérément de définir les frontières de l’Europe, la constitution ouvre la voie à l’intégration turque là où le traité de Nice l’empêchait. En effet, ce dernier attribue nominativement aux 27 pays membres (les 25 actuels plus la Roumanie et la Bulgarie) le nombre de sièges au Parlement européen et de voix au Conseil. La Turquie ne figure pas dans cette liste. A l’inverse, la constitution fait sauter ce verrou en inscrivant seulement le principe de la représentation des pays membres au poids démographique, laissant la porte ouverte à n’importe quelle adhésion future. Ainsi, refuser la constitution, c’est en rester à un traité de Nice qui paralyse institutionnellement et politiquement cette intégration, la possibilité de parvenir dans ce système à un accord taillé sur mesures pour l’entrée de la Turquie étant très problématique à de nombreux égards. Ce serait donc le meilleur moyen pour les peuples d’exercer une pression vigilante sur leurs dirigeants, afin qu’ils négocient un nouveau traité, délimitant vraiment celui-là les frontières de l’Europe.

Plus grave, l’adhésion de la Turquie, qui est en soi nocive pour l’Europe, deviendrait franchement dangereuse avec le traité constitutionnel : premièrement, ce pays, bien que le moins européen de l’Union, en deviendrait le plus puissant parce que le plus peuplé (100 millions d’habitants à l’horizon 2025). En effet, la constitution établit le poids politique relatif des pays membres dans l’Union au prorata de leur population. Ensuite, l’influence prépondérante de la Turquie se ferait sentir dans les 25 nouveaux domaines de compétences (dont l’immigration) auxquels le traité constitutionnel étend la majorité qualifiée : la France prendrait ainsi le risque de se voir infliger des lois européennes fortement inspirées par la Turquie. Notons enfin que la constitution renforce dangereusement les droits des minorités ethniques et religieuses (les Cours de justice européennes en étant les garantes face aux Etats), ce qui encouragerait davantage les revendications communautaristes des immigrés turcs d’Europe au détriment de la cohésion sociale et nationale des pays d’accueil.

Ainsi, non seulement le traité constitutionnel permet l’intégration turque mais de surcroît il en aggrave l’impact. Il n’y a là aucun hasard, puisque… la Turquie a participé à l’élaboration du projet de constitution et l’a signée en octobre dernier à Rome, comme si elle était déjà membre à part entière de l’UE ! Plus généralement, la complicité de la constitution avec l’adhésion turque n’est pas fortuite dans la mesure où l’Europe qu’organise le traité constitutionnel est exactement la même, mais dans une version aggravée, que celle qui a d’ores et déjà conduit à l’ouverture des fatales négociations d’adhésion : ce sont en effet les mêmes hommes, la même logique institutionnelle et donc la même vision de l’Europe qui ont conduit, d’un côté, à la signature de la constitution européenne fin octobre et, de l’autre, à l’accord de Bruxelles du 17 décembre, un mois et demi plus tard. Les Français ne doivent donc avoir aucun état d’âme à dire non en mai 2005.

En somme, le oui condamne l’Europe là où le non lui offre sa dernière chance de sursaut.

Dire non en mai 2005, ce serait épargner à l’Europe une fatale dislocation : la Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’Union, moins parce qu’elle est musulmane que parce qu’elle n’est pas européenne. Sa taille, sa situation géographique, sa culture, son économie, sa démographie, son insertion géopolitique dans l’Asie centrale turcophone, sa contiguïté avec le Moyen-Orient arabo-musulman, sa laïcité bottée et ambiguë, son nationalisme incapable de reconnaître le génocide arménien, en font un pays non-européen dont l’adhésion mettrait en péril non seulement la pérennité de l’UE mais aussi, en tout état de cause, sa propre cohésion.

Dire non, ce serait ensuite contraindre les dirigeants européens à négocier un nouveau traité qui délimiterait une fois pour toutes la construction européenne au continent européen.

Dire non en mai 2005, ce serait plus généralement récuser un système antidémocratique qui cherche à imposer ses orientations par la politique du fait accompli, la dilution des responsabilités et le détournement de la souveraineté populaire au travers de mécanismes de contrôle démocratique fallacieux (droit de pétition, renforcement factice du contrôle parlementaire sur la Commission).

Dire non, ce serait en définitive refuser la perspective d’une Europe très affaiblie à l’intérieur, ouverte à tous les vents de la mondialisation (article 314 CE) et réintégrée dans le giron de l’OTAN (article 41 CE). Bref, ce serait refuser l’Europe-impuissance sur laquelle misent les Etats-Unis en favorisant l’adhésion de la Turquie, leur deuxième cheval de Troie après la Grande-Bretagne, et qu’anticipe le Parlement européen en préconisant la communautarisation du siège de la France au Conseil de sécurité des Nations Unies (rapport Laschet).

Dire non, en fin de compte, ce serait ouvrir la voie à une nouvelle organisation de l’Europe, qui délimiterait ses frontières, démocratiserait ses institutions en instaurant une confédération d’Etats respectueuse de la souveraineté démocratique des peuples et qui organiserait les coopérations scientifiques et industrielles à géométrie variable (type Airbus) seules capables de rendre au continent toute sa place et son rayonnement sur la scène mondiale.

Le choix historique qu’offre le référendum ne consiste pas à approuver ou à rejeter l’Europe, mais à dire laquelle nous voulons : l’Europe condamnée d’avance de la Turquie et de la constitution ou l’espoir d’une Europe réellement européenne au service des peuples.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député UMP de l’Essonne Président de Debout la République

12.04.2008

Nos jeunes ne sont plus dupes, mais il leur faut encore croire en l'avenir !

Il est déjà tard. Je reviens de Rennes où j’ai participé, avec Elisabeth Guigou, à un débat à l’Institut d’Etudes Politiques sur l’avenir de l’Europe.

L’amphi était plein à craquer. Les questions furent très nombreuses. Dans ce milieu réputé très acquis au fédéralisme pur et dur, j’ai perçu un vrai doute sur l’Union européenne. Elisabeth Guigou a été sérieusement chahutée sur son refus du référendum. Son catéchisme sur l’Europe sociale n’a pas vraiment convaincu les étudiants.

Les résultats de la dégringolade économique - euro cher, délocalisations, moins disant social - commencent à ouvrir les yeux des plus europhiles.

Les jeunes doutent, c’est clair. Ce n’est pas d’ailleurs une vraie surprise : lors du référendum de 2005, contrairement à celui de 1992, ce sont les jeunes qui ont voté non.

Pour autant, ces jeunes de Sciences Po m’ont paru incapables d’imaginer un volontarisme politique national et européen comme s’ils avaient baigné depuis toujours dans l’esprit de résignation. L’un d’entre eux, l’air triste, m’a dit à la fin : « Mais que peut-on faire ? Nous sommes tout petits ». Oui, cette triste rengaine de la France trop petite a porté tel le ver dans le fruit. Ces étudiants, pourtant en cursus à Sciences Po, ne pensent pas qu’un pays comme le nôtre puisse encore maîtriser notre destin. Mais si la jeunesse de la 5ème puissance mondiale ne croit plus en la capacité du politique de bâtir un monde meilleur, que peut donc bien dire celle des autres pays !

En vérité, le mythe de substitution européen et l’inaction des élites nationales participent de la même démission collective. Et j’ai envie de dire à cette jeunesse qui voudrait bien croire mais cède au désenchantement, voire à la résignation : ne cédez plus car vous donnez raison à ceux qui en haut lieu ne cessent de vous décourager pour pouvoir se dire indispensables et asséner leurs politiques injustes ! Souvenez-vous de ce que disait de Gaulle à propos du doute, « ce cancer de l’âme » ! Ressaisissez-vous, l’Histoire est toujours en marche, elle est seulement confisquée par ceux qui ont intérêt à la faire sans vous, à transformer le peuple en une plèbe de consommateurs résignés, à vous priver de votre qualité de citoyen, c'est-à-dire d’homme libre et responsable. Alors c’est vrai, le succès n’est jamais garanti lorsqu’on agit, mais soyez sûrs que sans volonté le pire est toujours au rendez-vous…

A cet égard, je ne regrette pas un instant d’avoir voté la motion de censure. Car comment imaginer construire une défense européenne en acceptant d’emblée de la placer sous la tutelle, même implicite, des Etats-Unis ? Contresens total, dans la mesure où la défense ne peut être qu’au service des valeurs, des intérêts supérieurs de ceux qui la financent et surtout de ceux qui risquent leur vie pour elle.

C’est pourquoi l’engagement supplémentaire de soldats français en Afghanistan, sans aucune révision de la gestion du conflit sur place, prouve que le Président est déjà dans la logique d’allégeance aux Etats-Unis : il engage la France dans une guerre qui ne peut être aujourd’hui la sienne, comme le démontre la manière catastrophique dont elle est menée. C’est précisément ce qu’avait toujours refusé le Général de Gaulle, à très juste titre. Servirait-il à quelque chose de suggérer au président de la République la lecture du discours de Phnom Penh ?

Souhaitons surtout que le gouvernement n’ait pas bientôt à se rendre sur le tarmac de nos aéroports pour rendre les honneurs à de nouvelles dépouilles de nos soldats, sacrifiés dans ce guêpier absurde ! S’il devait hélas en être ainsi, je doute que la majorité parlementaire, oublieuse de la leçon d’indépendance du Général de Gaulle, soit aussi enthousiaste que pendant le discours du Premier Ministre !

En vérité, la France ne pourra se redresser que lorsque l’on lui présentera un discours d’indépendance, d’effort et de coopération avec ses voisins. Cela signifie une autre politique nationale, une autre politique européenne. A nous de préparer l’une et l’autre. Les évènements, quant à eux, se chargeront d’accélérer la décomposition politique française pour passer, enfin, à une nouvelle étape.
Par Nicolas Dupont-Aignan

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