15.11.2009

Sarkozy, faux-monnayeur de l’identité nationale

Etre attaché à l’identité nationale et soutenir Sarkozy, cela fait penser à un crocodile qui entre dans une maroquinerie.

Par David Desgouilles

Pendant la campagne présidentielle de 2007, Internet m’a permis d’écouter une bonne quinzaine de discours de Nicolas Sarkozy, prouvant à la fois mon masochisme et ma nostalgie des vieux discours écrits par Henri Guaino pour Séguin en 1992 et pour Chirac en 1995. C’est pourquoi, en écoutant des extraits de celui prononcé par le Président de la République à La Chapelle en Vercors, je n’ai pas eu de peine à y reconnaître les différentes thématiques qu’il utilisait à l’hiver et au printemps 2007. Parmi celles-ci, notamment l’autorité et le travail, l’identité nationale figurait déjà en bonne place. Parce que je connais Nicolas Sarkozy depuis vingt ans, je n’étais déjà pas dupe à cette époque, ce qui m’avait conduit à ne pas lui accorder mon suffrage ni au premier tour, ni même au second. Mais alors que je ne souhaitais pas tomber dans le piège grossier du Président de la République, en me soumettant à son agenda1, l’intérêt néanmoins légitime des Français sur le thème de la Nation me pousse à le faire, ainsi que le pitoyable bilan du Président de la République dans ce domaine.

Je me souviens que, lors du débat référendaire de 1992 à propos du Traité de Maastricht, le Premier Ministre Feu Pierre Bérégovoy, poussé dans les cordes par la montée du NON, avait lâché à la télévision quelque chose du genre :” Il ne faut pas avoir peur ; nous garderons notre identité ; nous conserverons nos coutumes”. A ce moment précis, je l’avoue, je n’ai pas eu un a priori très favorable face à cette notion d’identité. Béré  l’a servie à mon jeune esprit -j’avais vingt ans à l’époque- comme ce qu’il reste quand on a vidé le pays de toute sa souveraineté. En écoutant cette phrase maladroite, je m’imaginais en costume folkorique. Mes vingt ans me faisaient exagérer la situation. Là preuve, il nous restait quelques pans de souveraineté puisque nous en avons lâché encore à Amsterdam et à Lisbonne. Mais à quoi bon glorifier l’histoire d’une nation si on la prive de sa Liberté et de son avenir en tant qu’Etat souverain ? C’est la réduire à une nostalgie. En imposant le Traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy a, lui aussi, participé à ce démantèlement. Il avait d’ailleurs voté OUI à tous les traités antérieurs. Mais il y a ajouté une petite touche personnelle en passant par dessus bord, non pas seulement la souveraineté nationale,  mais aussi la souveraineté populaire, en rayant d’un trait de plume le vote de ses concitoyens trois ans plus tôt. Le respect de la démocratie et surtout de la démocratie exprimée directement par le Peuple n’est pas étranger à notre identité nationale, ce que semblent avoir oublié tous les parlementaires qui ont participé à cette forfaiture le 4 février 2008.

Souveraine, la France ne souhaitait pas l’être seulement par goût de la Démocratie, même si cette raison se suffit largement à elle-même. Elle le désirait aussi par souci d’indépendance et par vœu d’originalité dans le concert des nations. De Philippe-Auguste à Charles de Gaulle en passant par François Ier, la volonté de ne point s’aligner sur les empires ou les blocs demeura le fil conducteur d’une diplomatie réussie. Lorsqu’à l’automne 2006, Nicolas Sarkozy, ministre de la République, fustigea l’arrogance de son pays à New-York, il manqua à la loyauté due à la France par un citoyen et, circonstance aggravante, par un membre du gouvernement. Il tourna le dos à l’Histoire de France à laquelle était fidèle la position française sur le dossier irakien et il nia ainsi l’identité nationale. C’est en toute logique qu’élu président, il entreprit le retour de notre pays dans le commandement intégré de l’OTAN et ajouta ainsi quelques pelletées de terre supplémentaires sur l’identité française.

L’originalité de la France tient aussi au concept de Laïcité. La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 ayant réussi à  trouver cet équilibre tant recherché pendant des siècles émaillés par les guerres de religion, notre pays se félicitait légitimement de sa laïcité, laquelle avait fini par intégrer son identité. Et voilà qu’un Président de la République venait qualifier les cent dernières années de “négatives” en souhaitant l’avènement sous son mandat d’une laïcité “positive”. Certes, ceux qui avaient lu son livre “la République, les religions, l’espérance” le savaient déjà et ceux qui l’avaient vu s’opposer à la loi de 2003 sur les signes religieux à l’Ecole en avaient aussi une petite idée. Aussi bien lors de son discours de Latran, qu’en donnant raison à Barack Obama sur le voile islamique, ou en ne se prononçant pas, bien que se disant opposé à elle, pour une loi sur l’interdiction de la Burqa au mois de juillet dernier2, il avait aussi démontré que sa “laïcité positive”, c’était surtout beaucoup moins de laïcité. Le voir aujourd’hui fustiger la burqa dans le Vercors ne peut être autrement interprété que comme un opportunisme. Il faut bien que les sondages payés à prix d’or à Buisson servent à quelque chose. Mais là aussi, il y a les discours, et il y a les actes.

L’identité nationale, c’est aussi une Culture et une Langue. En ratifiant le protocole de Londres, lequel donne force juridique à des documents3 rédigés dans une autre langue que la nôtre, en estropiant avec une constante régularité la langue de Molière, en moquant le combat des souverainistes québecois, il a donné des coups très durs à la langue française, et à la position de celle-ci en France et dans le Monde. En déclarant que les candidats aux concours administratifs de catégorie A ne devaient pas rencontrer La Princesse de Clèves, en souhaitant que la culture générale déserte les concours de catégorie B et C, il méprise la Culture française. Il faut noter à ce sujet qu’on rejoint le sujet du communautarisme puisque cette dernière mesure a été salué par le C.R.A.N4. Avec Sarkozy, on flatte les communautés, on loue le modèle anglo-saxon, on révère la discrimination positive qui aurait été inscrite dans la Constitution sans la vigilance de Simone Veil.

Il est pour le moins paradoxal de constater que si la fonction de Président de la République consiste bien à être, notamment, garant de l’identité nationale, l’homme Nicolas Sarkozy reste bien, en revanche, le moins bien placé pour en parler. Le voir, une fois de plus, enfourcher ce thème relève de l’imposture, du trafic de valeurs, du faux-monnayage. Qu’il me soit permis de reprendre un bon mot de Coluche5 et d’écrire qu’être attaché à l’identité nationale et soutenir Sarkozy me fait bigrement penser à un crocodile poussant la porte d’une maroquinerie.

  1. C’est la première fois depuis trois mois qu’il reprend la main sur l’agenda médiatique
  2. Les services de police sortant opportunément, au mois d’aout, le nombre de trois cents voiles intégraux sur tout le territoire national, ce qui minimise de manières mensongère et scandaleuse le phénomène, au grand plaisir de Monsieur Besson qui s’était opposé à une Loi
  3. Des brevets, en l’occurrence.
  4. Comité représentatif des associations noires
  5. Qui évoquait à cette occasion les chômeurs se rendant dans les bureaux de vote.

15.10.2009

Tous à la rescousse du Conseiller général de Neuilly-sud !

Soutien à la candidature du fils de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’EPAD : jusqu’où ira Philippe de Villiers ?

On savait Philippe de Villiers prêt à beaucoup de choses pour s’attirer les faveurs de son ami personnel Nicolas Sarkozy.

On se souvient de sa discrétion lors de la ratification parlementaire du traité de Lisbonne, traité négocié et imposé aux Français, tambour battant, par le tout nouveau président de la République.

On se souvient des mille et une précautions de langage prises par l’élu vendéen pour, dans les mois qui suivirent, réagir à l’actualité européenne, chargeant toujours les institutions communautaires et exonérant systématiquement de complicité avec elles le président français.

On a tous en tête le ralliement avec armes et bagages du président du MPF au camp présidentiel, oubliant au passage toutes les piques féroces qu’il lui avait lancées quelques semaines plus tôt lors de la campagne européenne. Oubliée, alors, l’accusation de double-jeu sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne…

Certains d’entre nous ont aussi remarqué l’abstention, dans la foulée, des parlementaires MPF sur la loi Hadopi II, eux qui avaient jusqu’alors combattu avec la dernière énergie cette loi liberticide imposée par les gros intérêts de l’industrie du disque.

Cela faisait déjà beaucoup, mais cela n’était manifestement pas assez : aujourd’hui, Philippe de Villiers s’est empressé d’apporter son soutien inconditionnel et élogieux à la candidature des plus controversées du fils du Président à la tête de l’EPAD. Louant « le talent et l’étoffe » de ce « conseiller général du peuple », le rallié de la Vendée s’indigne de ce qu’un « élu de la Nation » ne puisse assumer certaines fonctions « au prétexte de sa jeunesse » ou de « son origine ».

On s’étonnera bien sûr des étranges arguments avancés pour la défense du Dauphin de la Sarkozie : tout d’abord, chacun sait que le canton de Neuilly-sud n’est pas précisément habité par ce que l’on nomme ordinairement « le peuple ». Ensuite, on réserve plus souvent aux parlementaires qu’aux conseillers généraux le titre « d’élus de la Nation », étant donné que le Parlement est dépositaire de la « souveraineté nationale » selon les textes. Enfin, qui met en cause la « jeunesse » ou « l’origine » de Jean Sarkozy ? C’est sa filiation avec le chef de l’Etat, compte tenu de son inexpérience et de son manque de titres universitaires - d’où le fort soupçon de népotisme - qui révolte légitimement une écrasante majorité de nos concitoyens.

Ce n’était pas assez, donc il fallait que Philippe de Villiers aille jusque-là. Mais pas assez pour quoi, au fait ? Un maroquin ministériel ? L’avenir le dira sans doute. Quant aux électeurs abusés du MPF, ils savent déjà que leur confiance a bel et bien été trahie.

Laurent Pinsolle, porte-parole de DLR

24.10.2008

L'Etat au service des banques ?

Alors qu’il y a encore quelques semaines nos banques étaient censées être les plus solides du monde, le gouvernement ne cesse d’annoncer des mesures en leur faveur.

Outre la décision des chefs d’Etats européens de garantir les crédits interbancaires pour leur permettre de se prêter à nouveau entre elles, Mme Lagarde a annoncé hier soir, lundi 20 octobre, le déblocage de 10 milliards sous forme de prêt. Cette somme considérable s’ajoute aux 22 milliards mobilisés - pour soi-disant aider les banques à financer les PME - à partir des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations. 5 milliards seraient d’ores et déjà disponibles via OSEO la banque publique qui a pour mission de soutenir l’innovation et la croissance dans les PME. 17 autres milliards auraient été virés par la Caisse des Dépôts et Consignations en deux fois (8 milliards le 15 octobre, 9 milliards le 21 octobre) selon le journal le Monde. Ce dernier ajoute que les pouvoirs publics et la Fédération française de banques n’ont pas encore signé la convention qui doit permettre d’en suivre l’utilisation !

Cette précipitation du gouvernement peut s’expliquer par la gravité de la crise et les moments de panique boursiers. En revanche, l’opacité qui règne dans les relations entre l’Etat et les banques ne peut qu’inquiéter.

De deux choses l’une, soit les établissements français n’ont pas de difficulté et pourquoi alors déverser de telles sommes (les 40 milliards de fonds propres représente 2,1% du PIB, pour un secteur bancaire pesant 2,6% du PIB !), soit leur situation est périlleuse et pourquoi alors ne pas exiger une nationalisation même partielle et temporaire accompagnée d’un changement de stratégie et de direction ?

On peut comprendre, pour éviter des mouvements de retrait en chaîne, la nécessaire discrétion de Bercy. Mais se donne-t-on vraiment les moyens de savoir ? Plusieurs questions méritent de toute urgence une réponse.

  1. La Banque de France et le gouvernement ont-ils un état précis, banque par banque, des risques réels ? La moindre des choses serait de voter une loi qui oblige, sous peine de poursuites pénales, les dirigeants à communiquer les détails de leurs engagements. De surcroît, il y a suffisamment d’inspecteurs des finances et de contrôleurs d’Etat qui pourraient être missionnés dans chaque direction pour faire un état des lieux, notamment de leurs engagements dans les hedge funds et les paradis fiscaux
  2. Pourquoi prêter de l’argent aux banques, renforcer leurs fonds propres ou leur transférer des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations sans prendre une part du capital ? Car qui paye, en l’occurrence le contribuable, doit contrôler ! Comment ne pas voir non plus que les promesses faites lors de l’annonce de la mobilisation des 40 milliards d’euro au profit des banques, ne seront pas tenues ? Il avait été question en contrepartie de cette aide astronomique d’une prise de participation directe dans le capital et les décisions des banques ! Or avec ce prêt de 10 milliards, il n’en est rien ! Faut-il comprendre que les banquiers français sont des libéraux dogmatiques, hostiles par idéologie à toute nationalisation, alors même que leurs homologues britanniques et américains, plus pragmatiques eux, s’y résolvent ? Faut-il comprendre qu’ils mènent les représentants de l’Etat par le bout du nez ? Comment admettre que la puissance publique, par le mécanisme retenu, évite à des actionnaires défaillants une dilution du capital et une diminution des dividendes ? L’Etat serait-il au service des banques plutôt que de la collectivité ? A cet égard, il paraît pour le moins incompréhensible que l’Etat soit minoritaire au sein même de la structure de refinancement créée pour l’occasion.

En définitive, le flou qui règne sur ce sauvetage bancaire ne peut qu’inquiéter et donc scandaliser à terme un peu plus nos concitoyens. Au-delà des grands discours du président de la République, de quelques sanctions très provisoires (le Directeur Général des Caisses d’Epargne deviendrait Président du Crédit Foncier), l’oligarchie politico-financière du pays montre le visage d’une toute petite minorité essayant de sauver les meubles aux frais du contribuable et dans son dos.

Et pendant ce temps-là, rien de probant sur la lutte contre les paradis fiscaux, le contrôle public des agences de notation, l’interdiction franche et réelle des hedge funds ou des revenus indécents que s’adjugent les profiteurs de la finance. Enfin et surtout rien pour redresser durablement une économie réelle qui a plus que jamais besoin d’une gestion keynésienne, notamment par un grand plan d’investissement européen.

privatisationLoin d’une reprise en main de l’économie par les politiques, les mesures prises s’apparentent davantage à une privatisation de l’Etat au profit de ceux qui ont mis hier les peuples sur la paille et s’apprêtent aujourd’hui à les mettre à la rue. Un Etat qui vient au secours du marché et qui en est devenu l’otage ! A suivre, et de près…

14.10.2008

Crise : assez d’hypocrisie !

Marianne, édition du 11 octobre 2008

Le bal des hypocrites

Pour éteindre l’incendie de la crise financière il est nécessaire d’intervenir massivement. Pour autant, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la gêne, pour ne pas dire un profond sentiment de révolte, à l’idée que les centaines de milliards d’euros déversés dans le système puissent simplement servir à le requinquer pour qu’il reproduise de plus belle les mêmes abus.

Cela reviendrait tout simplement à remettre de l’essence dans une voiture qui n’a pas de freins. A-t-on vraiment envie de récompenser les spéculateurs et les dirigeants bancaires défaillants, eux qui pendant plusieurs décennies ont justifié le pressurage des salariés et des consommateurs, au nom de la sacro-sainte création de valeur ?

Mettons fin à cette hypocrisie générale. Si l’on veut vraiment sauver l’économie mondiale, il faut d’une part la moraliser et d’autre part la relancer.

En dépit des beaux discours, on en est très loin !

Pour vraiment moraliser et donc réguler la sphère financière, il faudrait tout d’abord que le pouvoir politique reprenne le pouvoir sur le monde économique et financier. Le G4 s’est réuni à Paris mais ni Nicolas Sarkozy ni Angela Merkel n’ont, par exemple, désavoué le Commissaire Mc Creevy qui s’est opposé il y a à peine deux semaines au vote quasi unanime du Parlement européen en faveur de l’encadrement des hedge funds ! De même, on aide des banques qui continuent d’opérer à partir des paradis fiscaux !

Enfin pour se disculper de leur inaction, les dirigeants nationaux se retranchent derrière la nécessaire coopération européenne. Celle-ci étant quasi impossible, les vrais responsables peuvent dormir tranquille !

Or, il est faux de dire que rien ne peut être fait au niveau national ! Le 9 septembre dernier, le Parlement néerlandais a le premier voté une loi taxant fortement les excès de rémunération des dirigeants d’entreprises. En France pourtant, les traders continuent depuis plusieurs années de bénéficier d’un régime de faveur pour leurs primes exceptionnelles ! Pire, pour financer le RSA, le gouvernement a préféré taxer l’épargne des Français plutôt que d’aligner sur le régime général de l’impôt sur le revenu, les plus-values de ceux qui exercent leurs stock-options. Enfin quant à la loi sur les parachutes dorés on attend… les propositions du MEDEF !!

La même passivité l’emporte face à la récession qui s’amplifie. Il ne sert à rien de déverser des milliards d’aides aux banques si la relance de l’économie ne permet pas aux entreprises d’investir et de produire et aux particuliers de consommer. Souvenons-nous de la leçon de Keynes : il faut un équilibre raisonnable et dynamique entre l’offre et la demande sans quoi le système capitaliste court à sa perte faute de consommateurs solvables. La crise d’aujourd’hui due à un excès d’endettement pour cause d’insuffisance de salaires vient confirmer cette loi de manière éclatante.

C’est pourquoi aucune relance ne sera efficace sans revoir le cadre économique mondial. La mondialisation-clochardisation qui éreinte les économies développées et qui déséquilibrent les pays émergents depuis une quinzaine d’années doit être remise en cause. Au libre-échange sauvage qui nivèle tout par le bas, il faut enfin préférer la mise en place de zones régionales de libre échange, commerçant raisonnablement les unes avec les autres et pratiquant en interne de vigoureuses politiques de développement économique. Cela implique donc le bouleversement radical d’une construction européenne dogmatique, pour enfin garantir une monnaie utile à la croissance et des règles de marché favorables à l’innovation, à la hausse des salaires et aux PME.

Or, là aussi les dirigeants européens font semblant d’agir. Contrairement à ce qui est répété sur toutes les télévisions en Europe, le ralentissement économique a précédé la crise financière. Avec un euro surévalué qui entraîne des délocalisations massives, des taux d’intérêt trop élevés, l’absence de préférence communautaire et l’interdiction d’une vraie politique industrielle, comment notre continent pourrait-il s’en sortir dans la mondialisation sauvage d’aujourd’hui ? Réforme du statut de la Banque centrale européenne et programme de grands travaux par la Banque européenne d’investissement, on connait pourtant les solutions. Le Président Sarkozy pourra-t-il longtemps préconiser une politique et se coucher devant ses partenaires, notamment allemands, pour subir celle qu’il ne cesse de dénoncer ?

C’est pourquoi, sans attendre nos partenaires, la France peut et doit prendre des mesures propres pour atténuer le choc de la crise. La création d’un fond de garantie pour les PME, le remplacement du dispositif sur les heures supplémentaires (qui se concentre sur les emplois existants) par la suppression de charges sur les nouveaux emplois des PME (potentiellement très créatrices d’emplois), ou encore l’adossement de certains prêts aux particuliers à la Caisses des dépôts et consignations,… comme le fait la CDC allemande pour soutenir les investissements écologiques des particuliers. Trois mesures simples, parmi d’autres, qui pourraient limiter les dégâts.

En définitive aujourd’hui les chefs d’Etat sont au pied du mur. Comme dans toutes les crises majeures, ils ne peuvent plus faire semblant, mentir aux peuples et se mentir à eux-mêmes. La loi implacable et dramatique de l’Histoire les oblige à agir sauf à se faire emporter par une vague de troubles sociaux et politiques !

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député de l’Essonne Président du parti gaulliste Debout la République

09.10.2008

Triste anniversaire de la Vème République hier à l'Institut

Hier après-midi, j’ai assisté à l’Institut de France à la célébration du 50ème anniversaire de la Constitution de 1958.

Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, a prononcé un remarquable discours sur l’œuvre du général de Gaulle et de Michel Debré.

Le Président Sarkozy, en réponse, n’a fait que plaider pour sa propre réforme institutionnelle. Comme d’habitude, il a parlé de lui plutôt que de parler de la France. Sous prétexte que le général de Gaulle a modifié la Constitution en 1962, quatre ans après son instauration, Nicolas Sarkozy s’est dit autorisé à « agir ». Eloge permanent du « bougisme » - « je bouge, donc je suis » - qui passe à côté de l’essentiel : le sens de l’action.

Comme d’habitude, pour se disculper de détricoter l’œuvre du fondateur de la Vème, l’actuel Président a assimilé la fidélité au Général à une vulgaire « nostalgie » et s’est autoproclamé « moderne ».

Bref, ce fut hier du Sarkozy pur-jus. On se souvient que Charles de Gaulle a eu ce propos aussi prophétique que facétieux : « Tout le monde a été, est ou sera gaulliste. » Mais a-t-il imaginé que ses adversaires allaient à ce point se réclamer de lui pour détourner, pour mettre par terre, son principal legs ?

25.09.2008

Si le berger laisse entrer le loup dans la bergerie, c'est au berger qu'il faut demander des comptes !

Le Président de la République à la tribune de l’ONU a fustigé ceux qui, après s’en être mis plein les poches, refusent de payer la note. La remarque est juste. Mais cela peut-il suffire ?

Il faut surtout s’interroger sur la dérégulation généralisée qui a permis la multiplication des « déviances » bancaires et financières. Et là, je n’ai pas souvenir d’avoir entendu Nicolas Sarkozy, sauf durant la campagne présidentielle, fustiger la logique folle du toujours moins d’Etat, qui explique aujourd’hui pourquoi l’incendie se propage dans le monde entier à une telle vitesse et avec de tels dégâts !

Bien évidemment, la France ne peut pas tout, toute seule. Pour autant, qu’attend-t-on par exemple pour mettre à contribution les stocks options pour financer le RSA ? Cela suffirait à remplacer la taxe de 1,1% sur les épargnants français, dont l’immense majorité appartient aux classes moyennes et populaires !

De même, pourquoi avoir laissé les Caisses d’Epargne partir dans cette fuite en avant financière ? Les déboires de Natixis, dont l’aveuglement des prévisionnistes n’a d’égal que l’incroyable crédit que continue de leur prêter les médias spécialisés pour commenter la crise, sont à cet égard très choquants.

Pourquoi ne pas proposer des agences de notation publiques ? Pourquoi cette pusillanimité face à la Commission de Bruxelles à propos du nécessaire encadrement de l’activité des fonds spéculatifs, voulu aussi bien par Paris que par Berlin ?

Les propositions ne manquent pas pour moraliser et assagir les marchés. La Présidence française de l’Union aurait pu s’enorgueillir de proposer très vite à ses partenaires des premières décisions.

Mais plus important encore, il est urgent pour les Européens d’éteindre l’incendie avant qu’il n’entraîne une récession terrible en zone euro. Le paradoxe serait que les Américains, principaux responsables de la crise, l’exportent tout en la maîtrisant chez eux.

Sur ce terrain aussi, le silence de la France est assourdissant. Comment accepter le comportement de la Banque Centrale européenne qui, en maintenant des taux d’intérêt si élevés, étouffe davantage encore une reprise déjà malmenée par la conjoncture ? L’octroi massif de liquidités n’a pour le moment servi qu’à sauver la mise à des établissements financiers pourtant grands responsables de la crise, pas un centime n’a été déboursé pour soutenir l’économie réelle, l’emploi ou le pouvoir d’achat des Européens !

En France, en Allemagne, le taux d’épargne des ménages est important. Il faut s’appuyer sur cela pour restaurer au plus vite la confiance et éviter la récession. Tous les économistes le reconnaissent aujourd’hui. Il serait ainsi possible à l’échelle européenne de lancer un grand emprunt, style Pinay, qui permettrait de financer un programme de grands travaux, comme des projets industriels et environnementaux. Mieux, la Banque Européenne d’Investissement, garantie par les Etats membres de l’UE, pourrait s’endetter pour financer un tel plan Marshall. Ce serait au passage le meilleur moyen de revaloriser aux yeux des citoyens une construction européenne dont les dirigeants ne cessent de déplorer le discrédit, tout en s’interdisant d’en corriger les graves dérives.

Enfin, le fiasco du bonus-malus, qui a vu le président de la République faire machine arrière toute sur ses promesses écologiques, pose un double problème : de méthode d’abord, il aurait fallu poursuivre le Grenelle par des Etats généraux de la fiscalité écologique, transparents et ouverts à tous. Mais un problème de cap, aussi : Nicolas Sarkozy doit s’expliquer sur le sort qu’il compte désormais réserver à sa politique écologique ambitieuse, dont la France s’est prétendue la championne depuis un an et qui devait être exemplaire pour nos voisins, à l’heure de la présidence française de l’Union.

Mais il est sans doute plus facile de rechercher des boucs émissaires - surtout qu’on ne les trouvera jamais, puisque les responsabilités sont à tous les étages de ce système capitaliste fou - que d’exercer et assumer un pouvoir politique qui, seul, peut et doit changer la donne !

Car, comme le faisait remarquer malicieusement un banquier le 23 septembre 2008, après l’effondrement des marchés financiers et les déclarations de Nicolas Sarkozy demandant de sanctionner les responsables, « les responsables ne sont pas les marchés, dont la mission n'a jamais été le bien public, mais les États chargés d'édicter les règles du jeu ! » Et de les faire respecter, serait-on tenté d’ajouter…

Les vrais fautifs, ce sont les politiques qui ont accompagné, voire voulu, ce recul de la puissance publique qui, aujourd’hui, donne tant de pouvoir aux multinationales cotées en bourse. Ce sont eux les responsables du dépècement de la société par les entreprises privées. On ne peut pas accuser le loup d’entrer dans la bergerie pour dévorer les moutons, il est programmé pour cela. C’est bien sûr au berger qu’il faut demander des comptes, surtout si ce dernier a, en sifflotant, laissé toute grande ouverte la porte de la bergerie.

29.03.2008

Escalade militaire en Afghanistan

28.03.2008

Afghanistan : ou s’arrêtera la dérive atlantiste de Nicolas Sarkozy ?

Nicolas SARKOZY à Londres : le bon petit soldat de Georges BUSH

En annonçant depuis l’étranger la relance de l’intervention militaire française en Afghanistan, Nicolas SARKOZY rompt tous les usages et aggrave dangereusement la dérive atlantiste de la diplomatie française.

C’est bien sûr un camouflet infligé aux Français eux-mêmes, qui étaient en droit d’attendre que cette question, qui les concerne au premier chef, soit lancée et débattue au Parlement. Ensuite, cette annonce est d’autant plus choquante qu’elle a été faite en Grande-Bretagne, alliée indéfectible des Etats-Unis en Europe, ce qui lui donne presque les allures d’un alignement, pour ne pas dire d’une allégeance.

On a affaire à un double reniement :

  reniement de la promesse d’entre-deux-tours faite par le candidat SARKOZY, qui a déclaré le 26 avril 2007 qu’il « poursuivrait la politique » de rapatriement des forces françaises d’Afghanistan, engagée par Jacques CHIRAC.
  Reniement de la diplomatie pluriséculaire de la France, traditionnellement réfractaire aux logiques de blocs impérialistes, que la Vème République du Général de Gaulle et de ses successeurs a toujours portée.

La France n’a rien à gagner et tout à perdre si elle joue les bons petits soldats de l’OTAN dans les conflits hasardeux voulus par Georges BUSH. A quelques jours du sommet de Bucarest, où il est hélas question de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, il est impératif que le président de la République rende des comptes au peuple français sur sa politique étrangère.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député non-inscrit de l’Essonne Président de Debout la République